Guillaume et les garçons, ou la quête du genre

D’un côté, il y a « les Garçons ». Ce ne sont ni plus ni moins que des adolescents à peine virils encore un pied dans le monde de l’enfance. Ils sont grands, ils sont jeunes. Ils vont accompagner Papa à la chasse, ils font du sport, ils aiment l’aventure et les voyages. De l’autre il y a « Guillaume ». Les garçons, et Guillaume.

Guillaume est un hétérosexuel que sa famille prend pour un homosexuel. Lorsqu’il confie à sa mère qu’il a retrouvé son amour de jeunesse, Anna, une fille donc, celle-ci lui répond sans réfléchir : « et alors, il va bien ? ». Lui, répond alors simplement « va bien, va bien ». Pas de « elle », pas de genre, juste « va bien ». Ou plutôt, Guillaume est un garçon qui est convaincu d’être une fille. Il s’amuse à incarner l’archiduchesse Sophie avec sa couette autour de la taille et un pull sur la tête pour chevelure. Mais la scène prend fin lorsque son père entre dans la chambre affichant son plus grand désespoir. Son modèle ce n’est pas lui, ce père qui ne le comprend pas et ne cherche d’ailleurs pas à le comprendre. Son modèle c’est cette femme imposante à tendance autoritaire : sa mère. Il l’admire et imite le moindre de ses pas, son allure, ses mimiques et même sa voix. Guillaume a le sentiment d’être à part, d’être le préféré de sa mère et joue parfaitement ce rôle.

Trimballé d’une pension à l’autre, Guillaume est bizuté et ne comprend pas les garçons qui l’entourent. Il n’est pas comme eux, il le sait mais la différence dérange. Ce n’est qu’en Angleterre qu’il semble trouver un semblant de paix. Pour séduire Jérémy, il étudie dans les moindres détails les gestes des femmes, leur souffle, leur façon d’être. Mais le bel anglais ne l’aime pas alors Guillaume est triste. Mais surtout, alors que sa mère tente de lui expliquer que ce n’est pas un drame d’être homo, il s’effondre. Personne ne lui avait dit qu’il n’était pas une fille. Lui était profondément persuadé de l’être, c’était donc normal qu’il aime un garçon.

Les Garçons et Guillaume, à table ! est un film drôle. Adapté de la pièce de théâtre du même nom, Guillaume Gallienne incarne son propre rôle et celui de sa mère. Et le comédien sociétaire de la Comédie Française excelle si bien dans cette performance que le spectateur se laisse persuader qu’il s’agit de deux acteurs différents. Il est impossible de ne pas rire de ses mésaventures tant les répliques sont écrites avec finesse et beaucoup d’humour. Les Garçons et Guillaume, à table ! est aussi un film émouvant qui fait réfléchir. Guillaume Gallienne nous fait partager sa quête d’identité et raconte ainsi les problèmes du genre et de la différence. La société a construit des modèles figés et difficilement modulables. Il existe des moules prédéfinis de filles qui jouent à la poupée et sont des « garçons manqués » si elles décident de les troquer contre un ballon ; et des garçons à qui on rabâche qu’ils doivent être forts et tenaces. Les enfants doivent alors coller à ces images. Alors forcément, lorsque l’un d’entre eux ne parvient pas à ressembler de manière parfaite à ces schémas de pensée, on sort les stéréotypes. Tout le monde avait décidé que Guillaume était homosexuel mais bizarrement, il était le seul à ne pas le savoir. Et pourtant, Guillaume Gallienne est tombé amoureux d’une fille qui est aujourd’hui sa femme.

Mais surtout, Les Garçons et Guillaume, à table ! n’est pas un règlement de compte envers ses parents et surtout sa mère. Le spectateur ressent la détresse et pourrait comprendre les rancœurs. Pourtant, Guillaume Gallienne le dit lui-même : être une fille arrangeait aussi bien sa mère que lui-même. Il la respecte et même si son éducation était loin d’être parfaite, il l’aime. Le comédien assume pleinement sa part de féminité. Ce film tendre et touchant n’est pas un chef d’œuvre mais une vraie perle rare qui suscite rires, questionnements et même parfois quelques larmes.

Profitez des vacances pour aller voir ce film encore dans les salles !  Et si vous ne savez toujours pas quoi penser, retrouvez deux autres avis sur le site de l’ACD !

 

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