«Bring back our girls»

276… C’est le nombre de lycéennes qui ont été enlevées le 14 avril dernier par les membres de la secte islamiste Boko Haram. L’assaut a été mené de nuit contre l’internat où dormaient les jeunes filles, seules 53 d’entre elles sont parvenues à s’échapper… « J’ai enlevé vos filles, je vais les vendre, une fille de 12 ans je la donnerai en mariage, même une fille de 9 ans je le ferai » jurait ainsi  Abubakar Sheakau, chef de la secte dans une vidéo diffusée le 5 mai dernier. Retour sur les clés de compréhension de cet odieux enlèvement …

Boko Haram : quel but  et quel type d’actions ? Boko Haram est une secte islamiste née au début des années 2000 au Nord du Nigeria. Prônant la création d’un état islamiste au Nord-Est du pays, elle exige l’application stricte de la charia, la Loi divine islamique qui régit le rapport de l’individu à la vie religieuse, familiale, politique et sociale (en arabe « le chemin qu’il faut suivre »). Elle prend donc pour cible tous ceux qui n’appliquent pas « correctement » la loi islamique, s’attaquant ainsi aux chrétiens, aux membres des écoles (Boko Haram signifie « l’éducation occidentale est un péché ») mais aussi aux musulmans qui ne partagent pas leur vision radicale et leur rejet de l’éducation.
Ainsi, les membres de Boko Haram n’hésitent pas à exterminer également non-musulmans et non-extrémistes, ils seraient ainsi responsables de 1500 meurtres depuis le début de l’année selon Amnesty International. Les sectaires n’hésitent pas à raser les villages dont ils soupçonnent les habitants de collaborer avec les autorités gouvernementales, mais ils s’en prennent particulièrement aux écoliers : 59 jeunes garçons ont ainsi été assassinés dans l’internat où ils dormaient en février dernier. Outre les massacres, les attentats et les enlèvements, Boko Haram a aussi signé des prises d’otages comme celle de la famille Moulin-Fournier l’année dernière.

Un méfait classique ? Le fait que les victimes de l’enlèvement aient été des lycéennes n’est pas surprenant compte tenu de la haine des sectaires contre le mode éducatif occidental. En effet, selon leur interprétation de la Loi islamique, les filles ne doivent pas avoir accès à l’éducation mais se marier dès leur plus jeune âge. Cependant c’est la première fois que les membres de Boko Haram mènent une action aussi spectaculaire. Il est d’ailleurs à craindre qu’ils  répètent des actions du même type. En effet, depuis l’enlèvement massif du 14 avril ils ont assailli un nouveau village, fouillant les maisons à la recherche d’autres adolescentes, en arrachant 11 à leurs familles. Si les ravisseurs revendiquaient une motivation idéologique pour le premier rapt, force est de constater au vu du second qu’il ne s’agit que d’un vernis servant à justifier les actions les plus crapuleuses. En effet, s’ils revendiquent une conception stricte de la charia, exigeant que les filles ne soient pas détournées de leur vocation : se marier et faire des enfants, rien n’a été invoqué pour justifier la traque des jeunes filles au sein même de leur foyer.

Comment recrutent-ils ? Outre l’exigence de la mise en place de la charia et de la création d’un état islamique, Boko Haram revendiquait initialement une justice sociale et la fin de la corruption des élites, un discours populaire donc, dans un pays gangrené par la corruption. C’est à la suite de l’exécution de son chef par les autorités nigérianes en 2009 que la secte s’est radicalisée, est entrée dans la clandestinité et a commencé à semer la terreur dans la région, perdant sans doute l’adhésion de recrues potentielles. Les jeunes filles seront d’ailleurs probablement utilisées comme argument de recrutement pour la secte. En effet, dans cette région pauvre du pays, beaucoup d’hommes, faute de pouvoir payer une dot ne trouvent pas à se marier. Il y a donc fort à parier que les islamistes appâteront de nouvelles recrues en leur proposant une adolescentes en mariage contre la promesse de leur adhésion.

Que fait le gouvernement nigérian ? Les familles des jeunes lycéennes sont très soupçonneuses vis-à-vis du gouvernement dont elles dénoncent l’inertie. Au-delà de ce manque de réactivité le gouvernement s’opposerait même aux manifestations des familles. Human Rights Watch affirme ainsi que deux coordinatrices de la manifestation organisée pour exiger la libération des adolescentes ont été arrêtées à Abuja, capitale du Nigéria. Elles se seraient entretenues avec la femme du Président Goodluck Jonathan, laquelle les aurait accusées d’être elles-mêmes membres de la secte et de vouloir mettre son mari en difficulté à un an des élections présidentielles dont il espère un second mandat. Cette échéance complexifie un peu plus le contexte déjà trouble de cet enlèvement. Cette politisation de la situation concerne également Boko Haram qui depuis 2003 se lie avec des candidats aux postes locaux et leur offre de faire pression sur le vote de la population.

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Que fait l’Occident ? Dans ces circonstances minées par les travers de la corruption, le Président Goodluck Jonathan n’a pas eu d’autre choix que de demander l’aide internationale. Il a fait appel à la France, au Royaume-Uni, aux Etats-Unis et à la Chine et a demandé la coopération de ses voisins (Cameroun, Tchad, Niger, Bénin). Les Etats-Unis ont envoyé des équipes spéciales sur le terrain et la France s’est dite prête elle aussi à soutenir activement les recherches pour retrouver les jeunes filles. Malgré la mobilisation au sein des gouvernements, mais aussi sur les réseaux sociaux (4000 likes sur la page Facebook Bringbackourgirls), les espoirs de retrouver les jeunes filles sont minces. Le département d’Etat américain a confirmé que certaines étaient au Tchad et au Cameroun où elles auraient été vendues pour une dizaine d’euros.

Dispersées, probablement déjà mariées, vendues, ces jeunes filles arrachées à leurs familles, probablement déjà violées par leurs ravisseurs ou tout au moins vouées à l’être par leurs futurs maîtres sont très probablement condamnées. Condamnées à la servitude à vie, condamnées à être les esclaves sexuelles de leurs nouveaux « propriétaires », condamnées à engendrer des filles esclaves comme elles ou des garçons éduqués pour perpétrer les mêmes méfaits que leurs pères.

Pour le salut de ces filles, pour que ces désastres humains ne ruinent pas d’autres vies, pour que l’absurdité du mal sous prétexte de religion cesse.

#Bringbackourgirls

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