Triste printemps

Près de six ans après les premières manifestations qui ont secoué l’Égypte, le procès du président de l’époque, Hosni Moubarak, 88 ans, vient de s’achever au Caire, après quatre ans d’un procès pour le moins tumultueux. Celui qui est accusé d’avoir ordonné aux forces de l’ordre d’ouvrir le feu sur les manifestants a finalement été acquitté de l’ensemble des charges qui pesaient sur lui. Point final aux espoirs issus de la Révolution ?

Tout commence, au Caire, au début de l’année 2011. Galvanisés par l’expérience réussie en Tunisie voisine, des dizaines de milliers de citoyens égyptiens se lancent dans une grande vague de protestations contre les violences policières récurrentes et la corruption intrinsèque au gouvernement du président et dictateur, Hosni Moubarak. Pendant près de trente ans, celui-ci règne sans partage sur le pays, et le dirige d’une main de fer. Les évènements prennent de l’ampleur et gagnent en crédibilité, à tel point que, comme souvent dans des régimes autoritaires de la sorte, le premier recours du président n’est autre que la répression, violente. Celui-ci est ainsi accusé, par ses opposants, d’avoir ordonné à l’armée de tirer sur les manifestants et la population civile, provoquant la mort de près de 850 personnes, et d’innombrables blessés.
Finalement, ces évènements prennent fin le 11 février 2011, par le départ et l’arrestation d’Hosni Moubarak, assigné à résidence, en l’occurence à l’hôpital à la suite de problèmes de santé récurrents, depuis ce jour. Son procès s’ouvre dès l’année suivante.

Comme un symbole du souffle révolutionnaire qui règne sur l’Égypte à cette période, Moubarak est condamné, en 2012, à la réclusion à perpétuité. Face à cette décision, ses avocats décident de faire appel, et lancent une procédure qui n’a connu son dénouement que très récemment, en mars 2017. À l’issue de celle-ci, et à la stupeur populaire, le président a été déclaré libre, et tous les chefs d’accusation qui pesaient contre lui concernant la sanglante répression de la Révolution de 2011 ont été levé. Seules restent les inculpations pour ‘biens mal acquis’, qui lui ont valu une peine de trois ans d’enfermement, mais que la justice a, paradoxalement, considéré comme déjà effectuée. Ainsi, celui qui a succédé à Anouar al-Sadate, assassiné en 1981, est maintenant libre de rallier sa résidence familiale, située à Charm-el-Cheikh, pour y couler une retraite paisible, suscitant une immense déception chez les opposants à son régime et les leaders des manifestations de 2011.

Car en effet, malgré le départ d’Hosni Moubarak et la relative victoire des révolutionnaires en 2011, ceux-ci n’ont pas réussi à enraciner solidement la démocratie depuis, à tel point que l’on pourrait s’interroger sur l’amélioration des conditions de vie dans l’Égypte post-révolution. Certes, une transition démocratique a vu le jour immédiatement après, incarnée par Mohamed Morsi, premier président élu démocratiquement en Égypte, mais celle-ci n’aura été que très brève car renversée en 2013, à la suite d’un putsch militaire, qui enverra Mohamed Morsi en prison.

Depuis, le régime militaire autoritaire du président Al-Sissi, en place depuis 2014, contrôle d’une main de fer le pays, censure toute opposition naissante, restreint la liberté de la presse et est également régulièrement accusé par des ONG et de nombreux opposants de bafouer les droits fondamentaux. Qu’il semble loin le temps où la place Tahrir, place emblématique en plein centre-ville du Caire, s’emplissait de jeunes citoyens égyptiens, revendiquant simplement plus de libertés et de démocratie, comme le faisaient leurs voisins tunisiens, algériens ou yéménites par exemple à la même époque…

Que reste-t-il alors dans ce pays, symbole et leader des évènements du ‘Printemps arabe’, de la flamme démocratique entraperçue à cette occasion ? Évidemment, celle-ci ne s’est pas évanouie et les prétentions démocratiques de la nouvelle génération égyptienne sont bel et bien réelles. Reste maintenant à espérer qu’émerge en son sein, une nouvelle classe politique, à même de prendre le relais de la révolution de la place Tahrir, afin que le long et incertain enracinement de la démocratie, en Égypte, puisse commencer. Pour le bien du pays, de ses citoyens, mais aussi de ses voisins et du continent africain en général, pour lequel ce pays est souvent cité en exemple.

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