Le Créateur

En théorie,

Il est possible de distinguer le Créateur de la créature. Dieu est alors défini comme Âme immatérielle à l’origine de monde vivant.

Néanmoins, la connaissance de cette force nous est interdite car il est, de toute évidence, impossible de savoir si une telle Âme existe bel et bien. Du reste, chez la plupart des êtres humains, Elle (ou, tout au moins, la question de son existence) présente une importance ; en flux continu, l’homme s’interroge.

Dieu existe-t-il ?

À quoi ressemble-t-il ?

Et la problématique ici soulevée divise le monde de la pensée – la grande tradition philosophique – en deux catégories. Les dualistes d’un coté, les monistes de l’autre, tels que nous les nommons le plus souvent, et non sans manquer de discernement. Malgré tout, nous pouvons dans un premier temps préciser le contenu de ce schéma.

Selon les dualistes, l’Âme supérieure existe de manière indépendante, comme force créatrice à l’origine du monde vivant. Pour les monistes, au contraire, cette force se confond au réel matériel et n’est rien d’autre que cette réalité immédiate : les quatre éléments composant le monde sous toutes ses formes, couplés aux créatures, animaux et autres êtres.

Autrement dit, le dualiste distingue le Créateur de sa créature là où le moniste en fait une seule et même chose.

Voilà pour le schéma.

Mais si nous creusons un peu, la réflexion s’avère plus complexe. Arthur Schopenhauer, célèbre philosophe allemand, introduit en 1819 la question de l’immanence dans le débat – l’immanence pouvant être définie comme chose venant du dessous.

En ce sens, l’ensemble de son oeuvre paraît accroitre la proximité existant entre la force créatrice (supposée extérieure) et le monde matériel, terrestre, organique et sanguin. De fait, il opère un renversement graphique des valeurs. La force qui autrefois était conçue comme supérieure, transcendante (c’est-à-dire située au-dessus de l’homme) se présente, chez A.Schopenhauer, comme étant située en dessous, jaillissant du sol, précédant l’homme à la racine, telle une puissance souterraine.

Symboliquement, le renversement est lourd de sens. La force créatrice n’est plus supposée intelligente, planificatrice et divine. Schopenhauer la décrit comme étant aveugle, avide et infinie car inassouvissable. Autrement dit, son œuvre tend à dé-diviniser la force à l’origine du monde. L’anthropomorphisme religieux faisait de Dieu – pluriel pour les Antiques – un sosie amélioré de l’homme, une copie magnifiée, sublime et parfaite de l’être humain, là où Schopenhauer en fait une force pure, sans intelligence et sans volontés.

La Volonté (nom que donne Schopenahauer à la force créatrice) n’est plus dotée de volontés. Son ambition ne présente plus d’ambitions. L’acte créateur ne réfléchit plus, son action ne saurait être réflexive. En somme, Dieu n’est plus Dieu. Le Seigneur des cieux, l’Éternel, devient action outrancière, démesurée ; force impérieuse, non-humaine et, à plus forte raison, sous-humaine.

Certes, le dualisme est toujours présent puisque, si l’on s’en tient à l’oeuvre majeure d’Arthur Schopenhauer, Le monde comme Volonté et Représentation, la Volonté (libido à tous les degrés du vivant, appétit sexuel, faim et autres désirs) précède son incarnation phénoménale : l’univers vivant, broussailleux, agité, confus et pulsionnel.

La Volonté qui est le principe d’unité originelle correspond donc à l’énergie irraisonnée se cachant derrière l’ensemble des effervescences, végétales et animales (humanité comprise).

Mais,

Le dualisme schopenhauerien parait tuméfié en cela qu’il fait intervenir une force créatrice immédiatement attenante à la terre. Une force immanente, tout droit sortie des entrailles de l’Univers vivant. Un mouvement vertical, non plus descendant, mais ascendant. Une éclosion (poésie), une expansion (métaphysique), une implosion (science fiction) ou plus simplement, une poussée vitale.

La force créatrice n’est plus cette figure divine judéo-chrétienne, éthérée, sublime, autoritaire, transcendante et grandiose. La Volonté est aveugle, compulsive, magmatique, irréfléchie et immanente. Visuellement, sous le monde des vivants, une fureur s’active. L’histoire est la suivante : la fureur, puissance immatérielle, éternelle et folle, s’appuiera sur sa création (le monde vivant : les branches, les bestioles et les êtres) pour y trouver sa réalité phénoménale, tangible et temporelle.

Ainsi,

Le dualisme schopenhauerien définit une passerelle entre tradition platonicienne (dualisme pur) et monisme contemporain : il ouvre la voie au matérialisme foisonnant de son élève, le bien connu Friedrich Nietzsche.

À suivre…

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