#BringBackOurInternet : l’appel des réfugiés d’Internet camerounais

 

17 Janvier. Le gouvernement camerounais ordonne aux fournisseurs d’accès Internet de suspendre le réseau dans les deux régions anglophones du pays : le Sud Ouest et le Nord Ouest. En cause ? La protestation de ces dernières contre la marginalisation de la communauté minoritaire anglophone.

 

“Le Cameroun est un et indivisible. Il le demeurera”. Paul Biya, président camerounais est resté ferme. Hors de question de diviser le Cameroun en deux entités, une francophone et l’autre anglophone. Pourtant, de leur côté, les Anglophones exigent un meilleur traitement en matière d’éducation et de justice, qui selon eux subit une “francophonisation”. Les opérations “ville morte” - durant lesquelles les habitants sont invités à rester chez eux, les écoles à fermer et les commerçants à ne pas lever le rideau- sont restées inefficaces pour faire pression sur le régime.

 

#BringBackOurInternet - La “Silicon Mountain”, dans la région anglophone de Buea, se retrouve en difficulté. Sans connexion Internet, comment continuer à signer des contrats, avancer des projets ou encore payer les factures ? Les entrepreneurs doivent donc descendre jusqu’à la “frontière imaginaire”  entre les deux communautés à Douala pour capter Internet. 60 jours d’absence de connexion représente une perte de 2.69 millions d’euros. La start up Njorku, qui a lancé un site de recherches d’emplois présents dans neuf pays africains, a doublé ses coûts : coûts de transport, retard sur les projets, perte de contrats, … Les start-up envisagent d’investir dans un matériel satellite, une solution particulièrement coûteuse. L’alternative serait de s’expatrier pour retrouver l’accès une denrée rare : Internet. Quoiqu’il arrive, la coupure Internet a cassé le dynamisme de cette Silicon Valley, berceau de l’économie numérique camerounaise où 15 start up se créaient chaque mois.

 

Les réfugiés d’Internet- En se rendant à Bonako, Valery Colong, responsable d’ActivSpaces s’est rendu compte qu’à 35 minutes de Buea, Internet était accessible. Depuis, un espace de coworking s’est créé : un générateur d’électricité a été installé et les téléphones servent de modem Internet. Les conditions restent précaires, mais finalement chaque jour, plus d’une dizaine de personnes viennent travailler dans ce local. Dans une lettre ouverte aux candidats de la présidentielle française, un collectif de personnalités interpelle ces derniers sur la violation de plusieurs droits internationaux : liberté d’expression, association, presse, commerce. 

Les opposants au régime de Yaoundé pointent également du doigt l’utilisation récurrentes des coupures Internet comme moyen de “museler les peuples” en bloquant les réseaux sociaux. Le hashtag #BringBackOurInternet” est devenu un outil de revendication :

« A chacun de mes voyages à Douala, j’utilise le hashtag #BringBackOurInternet pour interpeller le ministère des postes et communications. Je leur explique comment nous souffrons. Je reste toujours poli. Nous ne demandons pas d’argent au gouvernement, ni de subventions. Nous voulons juste Internet et qu’on résolve aussi la crise. » Ayuk Etta, entrepreneur de 25 ans.

En lisant cet article de Courrier International (ici), on se rend véritablement compte de l’impact de cette coupure Internet, la plus longue de l’Histoire du continent, sur la vie quotidienne des Camerounais. Monique Kwachou y témoigne, notamment sur sa fatigue liée aux aller-retour incessants entre le “Cameroun connecté” et le “Cameroun déconnecté”.

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