COP 21 : Paris se met à l’heure du défi climatique

Du 30 novembre au 11 décembre prochain, Paris accueillera la COP21, 21e Conférence des parties de la Convention-cadre des Nations unies. L’objectif de cette conférence est d’organiser la lutte contre le réchauffement climatique qu’il est désormais impossible de nier : depuis plusieurs décennies les conséquences de ce phénomène sont déjà observables dans certaines régions du globe et prennent de l’ampleur. Encore une conférence, certes. Mais l’enjeu est aujourd’hui crucial. A chaque conférence, les ambitions sont fortes mais les engagements souvent peu concrets, ce qui se traduit ensuite par des réalisations souvent décevantes. La COP21 doit aboutir à un accord ambitieux, mais réalisable, qui coordonne nos actions, afin de limiter à terme le réchauffement climatique à 2°C.

Alors en quoi cette conférence se veut-elle véritablement différente des autres ? Et surtout, doit-on espérer en attendre davantage ?

On imagine demain la multiplication de conflits pour l’accès aux ressources naturelles : un monde chaotique.

Les enjeux de la COP21 sont d’autant plus importants que les conséquences d’un tel changement sont déjà visibles. Il est acquis par la communauté scientifique que l’Homme est responsable du dérèglement climatique. Les catastrophes naturelles, telles que les ouragans, sont plus fréquentes. Outre l’acidification des océans, qui risque de bouleverser tout un écosystème, le niveau de la mer augmente, notamment à cause de la fonte des glaces. Or de nombreuses îles d’Asie Pacifique, telles que les Kiribati, sont très exposées à ce phénomène : une hausse de ce niveau d’un mètre conduirait à la disparition de ces archipels. Perte des activités économiques et agricoles de ses habitants, fuite vers le continent : les réfugiés climatiques seront inévitablement plus nombreux. On imagine demain la multiplication de conflits pour l’accès aux ressources naturelles : un monde chaotique. C’est dans le but de lutter contre cette catastrophe annoncée, que la communauté internationale s’organise.

Les sociétés contemporaines ont pris conscience de l’enjeu climatique. Un rappel historique s’impose donc, et celui-ci ne manquera pas d’éveiller quelques souvenirs des cours d’Histoire-Géo du collège et du lycée. La prise de conscience du réchauffement climatique prend source en 1992 lors du sommet de la Terre organisé à Rio. 196 « parties », dont l’Union européenne et 195 pays, ont ratifié à ce jour la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, qui reconnaît l’existence de tels changements, dus aux activités humaines, et pose les pays industrialisés comme responsables. Chaque année, et ce depuis 1995, a lieu la Conférence des parties (ou COP, de l’anglais Conference of parties) qui réunit les différents signataires de la Convention de Rio. Chaque nouvelle conférence permet de définir des objectifs, trouver des solutions et prendre des décisions à l’échelle mondiale, pour lutter contre le réchauffement climatique. En 2005 entre en vigueur le fameux Protocole de Kyoto, signé huit années plus tôt. Il visait à réduire, sur la période 2008-2012, d’au moins 5% par rapport à 1990 les émissions de gaz à effet de serre des pays signataires. Toutefois les Etats-Unis, plus gros pollueur du monde, n’ont pas ratifié ce protocole. En 2009, la conférence de Copenhague pose clairement un objectif commun : l’augmentation de la température ne doit pas dépasser les 2°C. Mais cette conférence laisse rapidement place à la déception. En effet, l’accord ne prévoit aucune contrainte, notamment suite aux manœuvres de la Chine et des Etats-Unis.

Chine et Etats-Unis ont formulé des engagements clairs en amont de la conférence, ce qui est de bonne augure.

C’est donc à la COP21 que revient le défi de déterminer clairement les moyens qui seront mis en œuvre, afin de réaliser l’objectif fixé quelques années plus tôt à Copenhague. La conférence devra, par exemple, permettre de montrer comment les 100 milliards de dollars promis aux PED à Copenhague seront utilisés pour leur venir en aide. Une nouveauté majeure : chaque Etat doit communiquer ses contributions volontaires de réduction de ses émissions de gaz à effets de serre avant le début de la conférence. Cela permettrait d’être plus efficace et d’anticiper au mieux les décisions qui seront prises. Il s’agit avant tout de promouvoir une conception qui serait partagée par tous les pays, sans exception, afin d’arriver à un véritable engagement, sur le long terme, et pour le bien être de tous. Faire parler 195 pays, sans qu’une voix ne soit entendue plus qu’une autre, c’est là l’ambition de la COP21 ; une vraie gageure, étant donné la mobilisation de quelques 40 000 participants venus du monde entier qui se réuniront à Paris-Le Bourget, en tant que délégués représentant un pays, observateurs ou encore membres de la société civile. Il ne reste qu’à espérer que le scénario de Copenhague ne se reproduise pas ; cette fois-ci, Chine et Etats-Unis ont formulé des engagements clairs en amont de la conférence, ce qui est de bonne augure.

Le réel enjeu de la COP21 : lutter contre le dérèglement climatique, tout en tenant compte des injustices entre pays quant à son origine.

Alors que nous reste-t-il à faire ? Les pays anciennement industrialisés sont les principaux responsables des émissions de gaz à effet de serre. Pour caricaturer, le « Nord » est à l’origine de la grande majorité de la pollution de la planète. Mais ce n’est pas lui, qui le premier subira (et nous pourrions même dire, subit déjà) les conséquences du dérèglement climatique, mais le « Sud », Asie pacifique et Afrique en tête. L’Afrique pâtira énormément des conséquences liées au réchauffement de la planète, alors que sa contribution aux émissions de gaz à effet de serre est inférieure à 4% des émissions réalisées à l’échelle mondiale. Bien souvent, ce sont les pays dont les voix ne pèsent pas assez lourd face aux pays riches et industrialisés, qui doivent faire face aux conséquences d’une activité humaine polluante, et qui n’ont pas les moyens de soutenir tout le poids du réchauffement climatique sur leurs épaules. C’est donc avant tout ces pays périphériques, en marge d’une grande partie des décisions qui se prennent de nos jours dans toute sorte de sommet ou conférence mondiale, qui doivent être placés au centre des conférences climatiques, et c’est là le réel enjeu de la COP21 : lutter contre le dérèglement climatique, tout en tenant compte des injustices entre pays quant à son origine.

Dans quelques jours, l’organisation collective de la lutte contre le dérèglement climatique aura franchi une étape cruciale, succès ou échec. Il n’existe qu’une seule planète Terre, et nous n’aurions, hélas, aucune « planète de rechange ». Le réchauffement climatique entraine également plus d’injustices et d’inégalités, et risque d’être source de tensions qui pourraient bien dégénérer. Au-delà de la règle et la norme, discutées lors de sommets internationaux comme la COP21, et leurs conséquences sur les politiques mises en œuvres par les Etats, c’est à la société civile elle-même de changer son comportement. Le réchauffement climatique est l’affaire de tous. C’est pourquoi citoyens et entreprises doivent prendre conscience des effets néfastes des activités polluantes dont ils sont responsables, et ainsi envisager un autre mode de consommation et de production au quotidien, qui permettra à terme d’avoir une planète en meilleure santé.

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