Mangé par son chien

Mangé par son chien… mon regard glisse sur l’exemplaire de Presse Océan laissé ouvert dans la salle d’attente et reste accroché…

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« C’est une voisine inquiète de ne plus voir sortir cet homme âgé d’une cinquantaine d’année qui a donné l’alerte mardi en début de matinée. Les gendarmes de la brigade de Montoir de Bretagne sont intervenus chez lui dans la matinée à Saint Malo de Guersac. Ils ont découvert l’homme sans vie à son domicile. »

Comment résister à l’attraction du fait divers ? De l’anodin au cocasse, du crime sanglant au drame social le plus poignant, le fait divers est un cas à part dans l’article de presse. Il n’exige pas d’expliquer la réalité, ni même de rapporter un événement, mais raconte une histoire. Tel un théâtre, il plante un décor, des personnages, une dramaturgie et évoque tous les sujets. Pourvu que l’on y trouve une rupture avec le quotidien ! Car qu’ils soient petits ou grands, les faits divers ont ceci de particulier qu’ils évoquent la condition humaine, d’hommes et de femmes à la fois communs …et hors du commun.

« Selon les premiers éléments de l’enquête, le décès remonte à plusieurs jours et il est d’origine naturelle. La piste criminelle a donc été écartée par le parquet qui ne fera pas pratiquer d’autopsie sur le corps du défunt. L’homme souffrait de diabète et cette maladie chronique pourrait expliquer l’origine de son décès. »

Et c’est pour cela qu’ils nous fascinent.

Le fait divers agit comme un exutoire. Il joue de nos émotions, caresse nos bas instincts, fait échos à notre part d’ombre, flatte nos névroses et nous laisse entrevoir l’autre côté du miroir, celui où la comédie humaine conjugue petites misères et grande abjection. « Il tabasse sa petite amie pendant 4h parce qu’il avait oublié ses cigarettes »

Plus c’est glauque, plus c’est jubilatoire « Proxénetisme : Mme N. 73 ans, institutrice à la retraite … » …presque réjouissant !

Il y a en a pour tous les goûts car le genre est florissant : tous les domaines des transgressions humaines sont explorés avec un fort tropisme pour ce qui relève de la bêtise, du sexe ou du crime. « À 18 ans, il meurt en jouant à la roulette russe et sauve 7 vie en donnant ses organes », « à 19 ans, il massacre toute sa famille et la découpe en morceaux » !

Par delà la presse locale ou nationale, le fait divers prospère sur internet. On en trouve de tous les pays et de toutes les cultures, il y a même des sites dédiés. De quoi épancher chaque jour notre soif de sensationnel… Canada : « l’homme qui violait son chien préparait un film pedopornographique », Italie : « elle étrangle son fils de 8 ans parce qu’il l’a surprise au lit avec son grand père » !…

…même si cela nous laisse parfois comme un petit malaise, une petite culpabilité un peu honteuse de s’être laissé aller à la lecture d’un de ces billets populaires ou la réalité y est montrée crue, tel un voyeur qui s’est régalé d’une scène qui ne lui était pas destinée et qui a vu l’assassin, le violeur ou le bourreau.

Les faits divers plongent dans les égouts de l’âme et en remontent des histoires qui font échos à nos fantasmes et à nos peurs. Petites histoires de la grande histoire, ils peignent par petites touches nos sociétés et en retracent plus fidèlement peut-être que les historiens ne le feront jamais, les grands maux de notre civilisation, la solitude et la misère.

« Les gendarmes ont également découverts dans la maison que son chien, affamé, avait commencé à lui manger la jambe. »

…à classer, donc, dans la rubrique des chiens écrasés …voire mal nourris.

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