L’Essor des monnaies virtuelles

Initialement limitées à un usage confidentiel en petites communautés, les crypto monnaies sont aujourd’hui au centre de toutes les attentions. Pour cause ? Leur incroyable croissance. Si un Bitcoin s’échangeait contre un dollar il y a 6 ans, il en vaut aujourd’hui plus de 5000. Toutefois, le concept de monnaie virtuelle demeure peu connu du grand public, et leur fonctionnement opaque. La Plume te propose donc de comprendre ce phénomène qui promeut un système financier sans intermédiaires uniquement contrôlé par les particuliers.

Un désir d’indépendance

L’idée de base des monnaies virtuelles traduit un fort désir d’indépendance. Contrairement aux systèmes actuels, elles n’appartiennent à personne ni ne sont soumises à aucun organisme financier. Les échanges se font directement entre les particuliers qui n’ont alors recours à aucune banque. Aussi, chaque crypto monnaie est soumise à un protocole informatique qui lui est propre. On pourrait l’assimiler à sa carte d’identité. Ce protocole va définir un certain nombre de paramètres comme la quantité de monnaie en circulation ou encore la « taille » de l’unité monétaire. Par exemple pour le Bitcoin, l’émission monétaire est modélisée par une suite géométrique. Là encore, aucune entité exogène (par exemple une banque centrale) ne va venir arbitrairement influencer la vie de la monnaie, qui ne répond qu’au code qui la défini. Cette désintermédiation est le postulat de base des crypto monnaies. Naturellement, cela amène plusieurs problèmes, dont un principal : comment s’assurer de la fiabilité des transactions sans organe régulateur ?

 

Sécurité, minage et spéculation

La base d’un système monétaire efficace réside en la confiance dont les gens font preuve à l’écart de sa monnaie. Sans promesses de fiabilité, personne n’acceptera de s’investir dans ledit système. La manière dont les crypto monnaies gèrent cette problématique constitue certainement leur plus grosse révolution, c’est le concept de « blockchain ».
De manière assez schématique, la blockchain constitue un maillage de toutes les transactions passées dans une monnaie donnée. Elle est donc alimentée en permanence par l’ensemble des utilisateurs qui peuvent par ailleurs accéder librement à cet historique. Chaque utilisateur est assimilé à une clé publique à laquelle sont liées toutes les transactions qu’il effectue. Ainsi, lors d’une nouvelle transaction, l’ensemble de la blockchain va être balayée afin de s’assurer que la personne possède bien la quantité de monnaie virtuelle qu’elle utilise. Là ou le système est révolutionnaire, c’est que ce balayage ne s’effectue pas seul, il fait appel à des « mineurs », soit des utlisateurs qui mettent leur puissance de calcul informatique au service de la vérification des transactions. Dès lors, chaque transaction va être vérifiée plusieurs milliers de fois avant d’être validée et inscrite définitivement dans la blockchain. Ce système est donc théoriquement infaillible. En échange de leurs services, les mineurs sont rémunérés directement en crypto monnaie. Avec l’engouement suscité par les monnaies virtuelles, le minage s’est d’ailleurs progressivement professionnalisé dans de nombreux pays, où des « mines » à crypto monnaie se développent.

Il y a donc deux profils d’utilisateurs des crypto monnaies. Ceux qui s’en procurent à des fins purement spéculatives, en investissant leurs devises « classique » (dollar, euro…) dans l’espoir de voir le cours de leur monnaie virtuelle augmenter. Et ceux qui se mettent au service de l’ensemble du système en participant à des opérations de vérification, moyennant rémunération.

Les premiers ont d’ailleurs bien compris le potentiel spéculatif qu’offrent les monnaies électroniques, qui se transforment progressivement de part leur forte volatilité en un instrument financier à part entière. Rien que sur l’année 2017, l’Ether (concurrent du Bitcoin) a connu une croissance fulgurante de 3700%, faisant la richesse des « early adopters ».

 

Quel avenir pour les crypto monnaies ?

Parler des échanges, des transactions et de la théorie est une chose, mais qu’est-ce qu’on peut faire concrètement de ces monnaies virtuelles ? Aujourd’hui, de plus en plus d’enseignes proposent aux utilisateurs de les utiliser pour régler leurs achats. En 2015, 120 000 commerçants dans le monde (virtuels et réels) acceptaient les bitcoins, chiffre en permanente augmentation.

Plus qu’un vecteur de consommation, la crypto monnaie est avant tout chez ses utilisateurs une réserve de valeur qui leur permet de s’isoler du système financier actuel en se tournant vers une alternative autonome souvent jugée plus « saine ». Cette vision quelque peu utopique d’un système autogéré, déconnecté des institutions et indépendant de tout organisme de contrôle est aujourd’hui la pierre angulaire du développement des monnaies virtuelles, dont on compte à l’heure actuelle quelques 3 millions d’utilisateurs dans le monde (selon le Cambridge Centre For Alternative Finance).

 

Cette vision doit cependant être nuancée. Sur le papier, les crypto monnaies semblent avoir tout bon : un système économique ultra sécurisé, géré par les utilisateurs et porteur de valeurs saines et pérennes. Mais force est de constater que les nobles idéaux qui motivaient initialement l’apparition de ces nouveaux canaux de transaction disparaissent peu à peu. De plus en plus intégrées au monde financier actuel, les monnaies virtuelles sont aujourd’hui devenues des instruments de spéculation à part entière dont les spécificités et la volatilité exceptionnelle peuvent s’avérer être à double tranchant. Consommation massive d’électricité par les mineurs « 2.0 », anonymat garanti laissant champ libre aux individus mal intentionnés, variations de cours pouvant laisser craindre l’apparition de bulles spéculatives, les inconvénients des monnaies virtuelles sont nombreux, et finiront tôt ou tard par peser dans un secteur dont la capitalisation s’élève aujourd’hui à plus de 150 milliards de dollars.

Charles GUION de MÉRITENS

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