Ce qu’il y a derrière le prix du baril

 

L’or noir n’a pas fini de faire parler de lui. Il monte et descend en fonction de ses humeurs. Ce matin, Monsieur Pétrole se réveille de mauvaise humeur à New York, en baisse par rapport à la veille. C’est que Monsieur a de multiples facettes et ne se laisse pas facilement influencer. Il aime consulter ses divers amis, le versatile Monsieur Dollar, la lunatique Madame Météo… C’est normal quand on est un être si raffiné. Mais au fait, par quoi est-il influencé et pourquoi varie-t-il autant ? Enquête sur la rogne d’un homme incontournable ! 
Depuis 2014, la chute des cours du baril place l’or noir au-devant de la scène médiatique. Une baisse prolongée qui inquiète aussi bien les médias que les pays producteurs du précieux gisement. Selon de nombreux économistes, les prix ne devraient pas remonter de sitôt. Les raisons sont multiples et leurs influences sur le prix du baril est plus ou moins importantes.

L’activité économique comme principal moteur

L’activité économique constitue probablement le maillon fort de l’influence. Plus elle est élevée, plus la demande mondiale va croître. La hausse de l’activité se traduit par une hausse de la production manufacturière, nécessitant de l’énergie pour fonctionner. Les pays émergents représentent une partie importante de la demande mondiale en raison de leurs fortes croissances. La Chine arrive à la deuxième place mondiale et a connu une forte croissance de sa consommation énergétique entre 1980 et 2005 (+280% environ) et ce phénomène a eu tendance à se renforcer depuis 2000 avec un taux de croissance annuel moyen de 12.4%. L’Inde et le Brésil (respectivement aux 4ièmes et 5ièmes places) voient leurs consommations augmenter à un rythme moins effrénés. Augmentation qui laisse supposer que les besoins en or noir perdurons encore quelques décennies. Les Etats-Unis occupent la première place du palmarès mais connaissent une stagnation de la consommation en raison de leur croissance économique plus modérée.

L’influence des réserves

La réserve mondiale est un autre élément qui impact le prix de Monsieur Baril. Plus elle est importante, plus la pression sur les prix est faible puisque l’on considère que les stocks permettent de s’approvisionner sur une durée plus longue. Depuis 2014, les techniques de forages et sondages se sont améliorées, en raison de la volonté des groupes pétroliers de baisser le coût de ces technologies afin de conserver leurs marges dans un contexte de baisse prolongée du baril. Le pétrole de schiste est devenu plus rentable et les forages offshores émergent de façon significative. Des réserves autrefois inexploitables sont dorénavant dans la ligne de mire des différents groupes pétroliers. En France, le puits découvert au large de la Guyane s’avère contenir du pétrole de bonne qualité mais à 2048 mètres de profondeur. Un pétrole cher à extraire mais qui fût inexploitable pendant de longues années. Les réserves mondiales sont sans cesse revues à la hausse : à fin 2014, les réserves prouvées sont estimées dans le monde à près de 1 700 milliards de barils, soit l’équivalent de 52 ans de production mondiale au rythme actuel. Cependant, l’exploitation des hydrocarbures de roche-mère, du pétrole offshore et en Arctique vont ajouter des réserves significatives.

Les limites de l’OPEP

C’est à ce moment-là que l’OPEP rentre en jeu. Il s’agit de l’Organisation des Pays producteurs de pétrole qui regroupe 14 états et a pour objectif de contrôler la production d’or noir. Autrement dit, ces états influencent l’offre mondiale en fonction des estimations de la demande (dont les deux points précédents jouent un rôle majeur). Les pays membres sont essentiellement les plus gros producteurs d’or noir de la planète (L’Arabie Saoudite, le Qatar, le Nigéria, le Venezuela…). Cependant, l’impact de l’OPEP et de son rôle est à relativiser. Premièrement, en sont exclus d’autres pays producteurs de pétrole (Le Royaume-Uni, la Norvège, les Etats-Unis, la Russie…) et la montée récente du pétrole non conventionnel vient perturber la carte existante des pays producteurs. Par conséquent, tous les acteurs n’étant pas adhérents à cette organisation, son succès à réguler l’offre n’est que relatif. Deuxièmement, les tensions diplomatiques viennent souvent perturber les négociations entre états membres. Il est parfois possible qu’aucun consensus ne soit trouvé et que l’OPEP décide de ne pas diminuer sa production. Une des explications à la récente crise pétrolière, notamment à cause des tensions diplomatiques entre Riyad et Téhéran. Les négociations n’ont pas permis de se mettre d’accord sur la quantité produite (soit un quota global aux pays de l’Opep, soit un quota par pays membre). Ces évènements se répercutent sur le prix du baril (à la hausse aussi bien qu’à la baisse). Le rôle précis de l’OPEP est mitigé et il sera peut-être nécessaire de faire évoluer cette organisation en ajoutant des pays à la liste.

De la météo au dollar, des variables insoupçonnées 

D’autres éléments influencent le prix du baril. C’est le cas de la météo et des tensions géopolitiques. La première peut compromettre l’approvisionnement d’une région ou l’acheminement de la production d’un pays producteur. Cependant, « l’effet météo » agit surtout localement et pénalise peu d’unités de production/stockage/approvisionnement à chaque fois. Ce facteur est certes présent mais il s’avère avoir un impact très modérée et à très court-terme sur les prix. En revanche, les tensions géopolitiques peuvent avoir un impact plus fort et à plus long-terme. Un seul évènement peut bouleverser la production à l’échelle mondiale : « l’effet papillon » de la géopolitique.  En 1979, la chute du Shah d’Iran entrainera une subite diminution de l’offre mondiale et donc une flambée des prix spectaculaire (période plus communément appelé «  le deuxième choc pétrolier ») : le prix du pétrole est multiplié par 2,7 entre la mi-1978 et 1981. Quelques années plus tôt, en 1971, le premier choc fait intervenir un autre élément qui peut influencer le prix de l’or noir : le dollar.

En effet, les transactions de pétrole se faisant en dollars américains ($US), le changement de la valeur du dollar par rapport aux monnaies des pays producteurs affecte les décisions de l’OPEP quant à la quantité à produire. Par exemple, lorsque le dollar baisse par rapport aux autres monnaies, les États de l’OPEP voient leurs revenus diminués pour les achats effectués dans d’autres monnaies, ce qui réduit leur pouvoir d’achat puisqu’ils continuent à vendre leur pétrole en dollars. En 1971, la forte dévaluation des prix du dollar à la suite de l’abandon des accords de Bretton-Woods fera passer le prix du baril de 3 à 12 dollars en un an. Lorsque le dollar baisse, les prix montent pour compenser la baisse du pouvoir d’achat des pays producteurs. Du côté des consommateurs hors zone dollars, le pétrole devient moins cher, ce qui peut stimuler la demande. L’influence du dollar peut être considérable. Sa fluctuation fait entrer en jeu un dernier élément : la spéculation.

Cette-dernière exerce une pression sur les prix et augmente la volatilité du cours. Selon plusieurs économistes, une forte spéculation causerait une chute des prix du baril : entre juin 2013 et décembre 2014, la demande mondiale a grimpé et les prix ont dégringolé de 50%. Un paradoxe qui s’explique par la forte spéculation présente sur les marchés pétroliers. Une spéculation qui augmente artificiellement les prix, qui, in fine, seront toujours rattrapés par la demande mondiale. Le rôle exact de la spéculation est peu connu et difficile à quantifier de manière précise.
Monsieur Brut a une humeur changeante en somme, plutôt cyclique et dépendante de celle de ses collègues. En revanche, une chose est certaine, un autre facteur explique pourquoi son importance est centrale : sa fiscalité. En 2015, le pétrole a rapporté 13.9 milliards d’euros au gouvernement français (contre 24.5 milliards l’année précédente). Une source de revenue colossale pour les états qui rend la tâche difficile pour l’ennemie jurée de Monsieur Brut : Madame Transition Energétique.

Olivier Pasquier

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