L’intelligence économique, talon d’Achille des PME françaises ?

La loi du 24 juillet 2015 relative au renseignement a été largement perçue comme une réponse sécuritaire aux attaques terroristes de janvier 2015. Or ce projet de loi, bien antérieur aux attentats de Charlie Hebdo, a également eu une portée certaine en matière de renseignement économique. En effet l’ensemble des outils nouvellement conférés aux services de renseignement vise certes à lutter contre les groupes terroristes, mais également à défendre et promouvoir « les intérêts économiques, industriels et scientifiques majeurs de la France ».

L’absence de commentaires dans les médias concernant cet aspect de la loi illustre la méconnaissance du grand public sur les enjeux du renseignement économique, et plus généralement sur le domaine de l’intelligence économique.

Qu’est-ce que l’economic intelligence ?

On désigne par intelligence économique (de l’anglais intelligence, renseignement) les actions des acteurs privés et publics de la sphère économique visant à récolter et exploiter les informations stratégiques concernant un domaine d’activité économique. Dans les faits, il s’agit par exemple pour une entreprise de se renseigner sur l’état de la concurrence du ou des marchés qui l’intéressent – on parle de « veille » économique – de protéger ses données et informations internes (brevets, situation financière, réponses à un appel d’offre, etc.) et d’influencer son environnement économique, par exemple par des opérations de lobbying.

A l’heure de la mondialisation des échanges économiques et de l‘ouverture des marchés à la concurrence internationale, ces missions deviennent cruciales pour la plupart des entreprises. Les plus importantes font d’ailleurs appel à des entreprises spécialisées, ou ont acquis par elles-mêmes un vrai savoir-faire en la matière. Cela reste toutefois plus complexe pour les PME, qui faute de moyens humains et financiers, ne peuvent pas mener de telles missions. Les pouvoirs publics concernés, que sont les services de renseignement centraux (DCRI, DGSE, SDIG ou encore DPSD, dont nous nous contenterons des acronymes), mais aussi les administrations locales comme les collectivités territoriales, les préfets ou encore les chambres de commerce et d’industrie (CCI), peuvent alors apporter leur expertise. Toutes ces institutions ont donc un vrai rôle à jouer auprès des entreprises françaises.

 

Un retard français à combler ?

On dit communément que l’intelligence économique est née en Angleterre au XVIème siècle. Ce qui est certain c’est qu’elle fût systématisée par les entreprises japonaises dans les années 1950. Mais ce n’est qu’aux Etats-Unis dans les années 1980 que ces pratiques ont été formalisées, pour aboutir à la naissance d’un champ universitaire à part entière. Beaucoup de services occidentaux travaillent ainsi en collaboration étroite avec leurs entreprises nationales.  En France, la notion fut diffusée en 1994 grâce au rapport Martre sur l’ « Intelligence économique et stratégie des entreprises ». Nous avons donc pris un retard certain sur nos concurrents occidentaux.

Certes les entreprises françaises ne sont pas plus naïves que les autres en matière de stratégies commerciales ou de protection de l’information. Mais les pouvoirs publics et les services de renseignement ont mis un certain temps avant de s’approprier ce champ d’action, préférant se concentrer au même moment, et à juste titre, sur la lutte antiterroriste. D’autant que le monde des services de renseignement, trop « barbouzard » selon certains, est encore connoté négativement dans les représentations des entrepreneurs. Il manque donc une véritable « culture du renseignement » français dans ce domaine autant chez les acteurs publics que privés, alors que cette spécialité est devenue cruciale dans notre économie mondialisée et informatisée.

Les pouvoirs publics et les services de renseignement ont mis un certain temps avant de s’approprier ce champ d’action, préférant se concentrer sur la lutte antiterroriste.

Quand la France forme ses James Bond de l’entreprise

C’est notamment ce manque qui a motivé la création de formations supérieures, destinées aux futurs cadres et entrepreneurs français. L’Ecole de guerre créée en 1997, souhaite ainsi apporter un complément en intelligence économique et en stratégie à de jeunes gestionnaires, désireux de se spécialiser dans ce domaine. Des centres de recherche se forment, à l’instar de la chaire d’Intelligence économique et stratégie des organisations de Paris-Dauphine en partenariat avec PSA Peugeot-Citroën, Sanofi, Sogeti et Total, inaugurée en 2011. Beaucoup d’écoles ou de facultés ont également inventé leurs propres masters spécialisés, comme Skema, l’université Lyon III ou Panthéon-Sorbonne.

Tous ces pôles de formation et de recherche visent à créer une véritable culture de l’intelligence économique, en donnant à de jeunes cadres les clés de compréhension et les outils nécessaires pour faire face à ce pan grandissant de la mondialisation économique.

Dans les administrations publiques, on tente également de rattraper son retard, avec la création en 2009 de la Direction interministérielle à l’intelligence économique (D2IE), qui vise à coordonner l’action des différents services de renseignement compétents en la matière.

Tous ces pôles de formation et de recherche visent à créer une véritable culture de l’intelligence économique.

Cependant c’est sans doute à une échelle locale, entre les préfets, les antennes locales des services de renseignement, les collectivités territoriales, les CCI et les entreprises, que pourrait naître une véritable synergie dans le domaine de l’intelligence économique, bénéfique aux PME françaises.
Si de nombreuses initiatives publiques ont pu naître comme en Champagne-Ardenne, elles n’ont encore jamais fait l’objet d’un schéma global national de développement concerté. Le plus gros reste donc à inventer…

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