IVG, le choix d’une vie

Depuis le 17 janvier 1975, la promulgation de la loi Veil, qui résulte d’un combat acharné qui a divisé la société, rend possible l’Interruption Volontaire de Grossesse en France. Cette pratique consiste à stopper une grossesse avant son terme, peu importe ce qui motive cette décision : c’est ce qu’on appelle couramment « avorter ». Pour cela, les femmes ont le choix entre deux méthodes : l’IVG médicamenteuse et l’IVG instrumentale. On estime aujourd’hui qu’une femme sur trois a eu, ou aura, recours à cette intervention au cours de sa vie.

Régulièrement, cette question de société, très sensible, puisque entremêlant les questions du droit à la vie, du droit des femmes et de la religion, resurgit dans le débat public. En Espagne, un projet de loi qui réduisait drastiquement le droit d’avorter a fait polémique l’année dernière. Il ne permettait plus aux femmes d’avorter que dans deux cas : celui du viol et celui dans lequel la grossesse représentait un « risque durable et permanent » pour la santé physique et psychique de la mère. Si ce projet de loi a été définitivement abandonné ce 23 janvier, il amène pourtant à s’interroger. Doit-on, ou non, laisser aux femmes le droit de faire ce choix ?

Qui n’éprouverait pas, de prime abord, un sentiment d’incompréhension et de révolte devant cette loi qui permet aux femmes de sacrifier la vie qui naît doucement dans leur ventre ? Qui ne serait pas scandalisé en pensant au nombre d’enfants qui ne verront jamais le jour, n’iront jamais à l’école, et ne deviendront jamais des adultes accomplis, à cause d’une interruption volontaire de grossesse ? Si certaines femmes ne désirent pas être mères, comment ne pas songer à celles qui n’arrivent pas à enfanter, qui voudraient adopter et chérir ces enfants ?

Pourtant, et au risque de scandaliser quelques-uns d’entre vous, je ne cacherais pas que, pour ma part, ces arguments n’ont pas réussi à convaincre la jeune femme que je suis. Au contraire, ils n’ont fait qu’attiser ma hargne, me poussant à soutenir et défendre un des droits les plus profonds que possède la femme : disposer de son corps.

Je tiens que, interdire et condamner l’IVG n’est pas une solution en soi et n’aidera aucunement les femmes tombées enceintes accidentellement. Je nomme cette pratique de la culpabilisation. Pour la combattre, l’Appel des 343 (5 avril 1971) ouvre la voie pour nous libérer des idées reçues ; ces femmes ont osé briser le silence et l’odieux chantage qui tend trop souvent à maintenir les femmes ayant avorté dans la honte et la culpabilité. Il ne tient qu’à nous de poursuivre leur lutte pour préserver le droit à l’IVG.

Je tiens que, préférer préserver la vie d’un fœtus qui ne possède pas la personnalité juridique au détriment et contre l’avis d’une personne (la mère) dont la vie est déjà pleinement établie, relève de l’absurde. Je nomme les campagnes de la lutte anti-IVG (« Sauvez les bébés à naître » « Défend la vie ») visant à présenter le fœtus comme un sujet de droit de la désinformation. Il est de notre responsabilité d’y répondre par une argumentation factuelle, objective et juridique.

Tant que la contraception ne sera pas gratuite et accessible partout dans le monde, je défendrai le droit à l’IVG. Tant que des jeunes filles tomberont enceintes trop tôt pour pouvoir en assumer les conséquences et que des grossesses seront le fruit de l’acte horrible qu’est le viol, je soutiendrai que l’IVG reste la solution capable de les apaiser. Tant que des familles vivront dans la misère et n’auront pas les moyens financiers d’entretenir un enfant, que des femmes seront enceintes d’un enfant dont le père est parti ou décédé, alors elles devront pouvoir se tourner vers cette option. Enfin, et surtout, tant que ce sera la femme qui portera le fœtus, je resterai convaincue qu’elle doit être en mesure de pouvoir considérer la possibilité de faire ce choix, jamais facile, et ce quelles que ce soit ses motivations. Nous n’avons aucune légitimité pour le lui retirer.

« Je voudrais vous faire partager une conviction de femme. Je m’excuse de le faire devant une Assemblée constituée quasi exclusivement d’hommes : aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l’avortement.» Simone Veil, le 26 novembre 1974, jour de l’ouverture des débats à l’Assemblée concernant son projet de loi

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