Burkina Faso : La démocratie en marche ?

Blaise Campaoré, au pouvoir depuis 1987

Le 17 septembre dernier, coup de théâtre au Burkina Faso. Gilbert Diendéré, leader du RSP (Régime de Sécurité présidentielle) tente de renverser le gouvernement provisoire en place. Le 22 Septembre suivant, grâce à la pression des manifestations populaires et à l’intervention des forces loyalistes, les putschistes sont renversés ; Michel Kafando, le président de transition reprend enfin son poste.

QUE SE PASSE T IL EN CE MOMENT AU BURKINA FASO ?

Un petit rappel des faits s’impose. Le 30 octobre 2014, Blaise Campaoré, au pouvoir depuis 1987, décide de modifier la constitution pour pouvoir briguer un cinquième mandat. Les Burkinabés se sont soulevés et sont massivement descendus dans les rues de Ouagadougou. Au terme de 48 heures de manifestations, Blaise Campaoré a été contraint de renoncer à son poste, chassé du pouvoir par la rue. Une période de transition s’est installée avec à sa tête Michel Kafando. En avril, ce dernier a promulgué un nouveau code électoral de manière à empêcher les partisans de l’ancien président de se représenter aux élections prévues en novembre prochain.

Blaise Campaoré, au pouvoir depuis 1987
Blaise Campaoré, au pouvoir depuis 1987

ET MAINTENANT ?

Ce code électoral suscite des controverses: peut-on vraiment interdire à des anciens partisans de se présenter aux élections ? Le premier ministre de transition actuel, Isaac Zina est lui-même un ancien partisan du régime. Le ”pays des hommes intègres” (traduction de ”Burkina Faso”) peut il poursuivre sa ”transition démocratique” en niant justement la liberté politique de certaines personnes ? La Cour de Justice des Etats d’Afrique de l’Ouest y est opposée. Laurent Bigot, spécialiste du Burkina Faso, pense qu’il faut laisser tous les candidats se présenter et donner le choix au peuple de sanctionner les anciens partisans. Il affirme : ”Quand on est démocrate, on fait confiance au peuple pour trancher”.

QUELLE DEMOCRATIE ?

Encore faudrait il que les Burkinabés se sentent impliqués et soient intéressés par le scrutin. Aux dernières élections, la participation n’excédait jamais 30%. Les élections n’étaient qu’une façade démocratique: élections corrompues, opposition divisée en près de soixante-dix partis.  ”La jeunesse du Burkina Faso est déconnectée de la politique, découragée, dégoûtée. Elle a l’impression que tous les politiques mentent” selon Saran Sere, membre de la Coalition de l’opposition politique, présidente du Parti pour le développement et le changement (PDC). Pourtant, l’année dernière, les Burkinabés n’ont pas hésité pour se soulever contre le régime de Blaise Campaoré. Ce sont aussi eux qui ont aidé les forces loyalistes à renverser le putsch du 17 Septembre. La démocratie est elle en train de s’enraciner ? Les Burkinabés sont ils en train d’opérer une rupture franche avec le passé ?

QUEL RÔLE POUR LES PAYS OCCIDENTAUX ?

Les pays occidentaux comme la France se sont régulièrement immiscés dans les affaires politiques du Burkina Faso (on parle de Françafrique). Blaise Campaoré a été reçu à l’Elysée et a était vu comme un ”homme de paix”, comme l”Homme des occidentaux”. Longtemps, les pays occidentaux ont considéré le Burkina Faso comme un partenaire en Afrique de l’Ouest, un médiateur de la région. Longtemps, les pays occidentaux ont été indulgents vis-à-vis de la part d’ombre du régime: implication dans les guerres civiles, liens étroits avec Mouamar Kadhafi ou Charles Taylor, trafics en tout genre, … Il était vu comme un symbole de stabilité, un frein à la progression du terrorisme dans la région: des bases militaires américaines étaient même installées dans la région.

Blaise Campaoré et George Bush, 2008
Blaise Campaoré et George Bush, 2008

Quelle est la position de la France actuellement ? Accusée d’ingérence pour avoir participé à l’exfiltration de Blaise Campaoré, la France soutient néanmoins aujourd’hui le gouvernement de transition et tente de s’immiscer de moins en moins dans les affaires politiques burkinabés.

Peut on dire que la démocratie est en marche au Burkina Faso ? Les élections présidentielles et législatives, mettant fin au gouvernement de transition devaient avoir lieu le 11 Octobre dernier. Le putsch a chamboulé le calendrier électoral, et ces dernières ont été reportées. Le Burkina Faso tournera-t-il la page des années Campaoré ?  Rendez vous le 29 novembre prochain…

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