« Vous êtes un homme seul »

Epitaphe - médiatique - pour un ministre du budget

C’était en ces termes que s’adressait Jérôme Cahuzac, le 7 janvier dernier, sur le plateau de l’émission « Des Paroles et des Actes », à Jean Luc Mélenchon. L’ex-ministre délégué au budget ajoutait même « quatre millions de suffrages sur votre nom ne vous autorisent pas à faire le clown ». Le gouvernement semblait avoir trouvé l’homme fort de la situation. Avec sa carrure, sa grande gueule, sa rigueur « budgétaire » à toute épreuve, Cahuzac apparaissait comme la tête de proue capable de donner un cap rigoureux à la politique économique du gouvernement.

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Sûrement du fait de ses qualités éminemment prisées en période de crise, Cahuzac avait su attirer la sympathie, à gauche comme à droite. Même les médias semblaient se rattacher à sa cause. Sans dire que la question de la culpabilité de l’ex-ministre n’était pas posée, une autre interrogation revenait sans cesse dans la presse : le site Médiapart avait-t-il eu raison de lancer cette affaire ?

L’opposition farouche de Jean-Michel Apathie au site à scandale au cours de cette période montre le malaise provoqué par le site d’Edwy Plenel au sein de la profession. On aura beau chercher, il sera difficile de trouver des articles louant le travail d’investigation de Mediapart dont les résultats ont été confirmés par Cahuzac lui même le 2 avril.

Au contraire, les critiques se sont faites nombreuses vis à vis du site d’investigation dont la fiabilité des sources et les visées politiques - ayant pour seul but de déstabiliser le pouvoir républicain pour certains - ont été vivement remis en cause. Nombreux sont ceux qui ont été amenés à penser que « ce journaliste (Fabien Arfi, responsable de l’enquête) tire le journalisme vers quelque chose de problématique » pour reprendre la sentence prudente de Jean-Michel Apathie, livrée à Newsring.

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Finalement, les grands gagnants de cette affaire, bien qu’ils fassent la fine bouche, sont sans hésitations les collègues d’Edwy Plenel. En amenant aux aveux, pour la première fois de l’histoire, un ancien ministre, le site a montré le succès de ses méthodes que Xavier Bertrand qualifiait de « fascistes ». Ces aveux historiques de la part d’un ministre du budget, n’étant pas le premier à avoir affaire à ce genre de scandale, auront au moins eu comme mérite de re-valoriser un journalisme parfois fortement contesté par les politiques, comme par les journalistes. Cinq mois après les révélations sur celui qui aujourd’hui passe pour un «triste clown» aux yeux de l’opinion publique comme de ses anciens amis, Plenel, cet ancien membre de la Ligue Communiste Révolutionnaire, bien souvent fortement critiqué pour son « rigorisme » d’esprit, peut espérer ne plus apparaître dans les médias comme « un homme seul ».

2 Commentaires

  1. Beau billet, j’ai cru au début qu’on allait encore rabâcher sur Cahuzac (affaire qui, avec le matraquage des média, énerve plus qu’elle n’indigne), mais rebondir sur cette affaire pour parler de journalisme, ça c’est bien joué.
    Belle question que de ce demander si ébranler le système politique par des évidences (qui a réellement été surpris par ces politiques et leurs butins de guerre à l’étranger ?) améliore vraiment les choses. Faire le buzz ou dénoncer des ignominie ? Dans notre beau système, ces deux choses diamétralement opposées finisse par se toucher.

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