Et Socrate se retourna dans sa tombe

Et Socrate se retourna dans sa tombe

Un vent glacial souffle sur l’Acropole d’Athènes, un brouillard enveloppe le site de Delphes, un silence désertique règne sur le site crétois de Knossos, et la déprime « économique » rattrape la Grèce.

Autant dire qu’en ces temps de cure d’austérité, les grecs sont davantage préoccupés par la montée des impôts, les coupes salariales et autres festivités que par le délaissement de ce qui représente l’un des plus anciens patrimoines culturels d’Europe.

Peut-on les blâmer ? Avec une réduction de près de 35% du budget culturel depuis 2009, l’entretien de ce berceau de la civilisation européenne est presque devenu un poids de plus à porter pour les grecs. En effet, grand paradoxe, la Grèce compte l’un des héritages culturels les plus étendus d’Europe, voire du monde, et un budget de la culture parmi les plus faibles de l’Union Européenne. Le mauvais entretien des sites archéologiques, des œuvres et tableaux dans les musées, mais également la fermeture des salles d’exposition ou même de sites entiers, comme le site de Sikiona à Corinthe sont devenus choses courantes et banales, au plus grand désarroi des archéologues grecs, qui crient à l’agonie.

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Humiliation parmi les humiliations, le patrimoine grec ne souffre pas seulement de l’abandon, mais également de la cupidité et de la convoitise de trafiquants cherchant à arrondir leurs fins de mois. Ainsi, un réseau de trafic d’œuvres de l’Antiquité, acquises suite à des fouilles sauvages et des pillages de sites archéologiques en chantier, impliquant une cinquantaine de personnes a été démantelé dans le nord de la Grèce. Ces objets sont ensuite revendus par les douaniers à des collectionneurs étrangers, le plus inquiétant étant que ces trafiquants ne se trouvent pas, dans la plupart des cas, être des professionnels du crime, mais des retraités, des employés, des indépendants …

Les vols d’œuvres d’art et d’objets de l’Antiquité sont également devenus monnaie courante, comme en témoigne le braquage en février 2012 du musée d’Olympie. Et encore une fois, l’austérité plaide coupable. Les coupes budgétaires ne touchent pas seulement l’entretien des œuvres, mais également leur sécurité. Ainsi, seulement 2000 gardiens se partagent la surveillance de 19000 sites archéologiques et des 210 musées grecs (NB. La Grèce connaît une baisse de 50% du budget du personnel depuis 2010).

Les archéologues, dont nombre d’entre eux sont mis en retraite anticipée, tandis que les autres ont vu leurs salaires se réduire jusqu’à atteindre la somme critique de 650 euros par mois, crient au secours. Ils dénoncent non seulement le délaissement des musées et des sites archéologiques mais aussi l’abandon des chantiers en cours. Ce manque d’investissement sur le futur présente une mauvaise stratégie de l’Etat, étant donné que le tourisme, notamment le tourisme culturel, est l’une des principale ressource financière de la Grèce.

Il ne s’agit pas de simples objets d’art à l’abandon, c’est le pillage de toute l’histoire et de l’âme même de la Grèce qui se déroule sous nos yeux, une flagrante démonstration de l’univers économique qui envahit l’univers culturel pour le dépouiller de sa substance.  C’est l’exemple d’un héritage de plusieurs siècles qui est jeté en pâture aux financiers, par la faute d’hommes politiques qui ont mal géré le pays pendant ces cinquante dernières années. Ainsi, l’Etat grec a récemment annoncé l’autorisation de l’exploitation publicitaire du Parthénon ; facturant 1600 euros la journée de « location ». Le phénomène est jugé humiliant par les Grecs. La culture et son patrimoine ont toujours été considérés comme primordiaux par le peuple grec, comme en témoignent les bas prix des musées et des sites archéologiques (dont la plupart restent gratuits pour une grande partie des visiteurs). Mais ils sont désormais aveuglés par la crise qui leur ronge l’existence.

L’asphyxie budgétaire ne touche pas seulement le domaine archéologique et les musées. L’Opéra National Grec d’Athènes a perdu 40% de son budget annuel, qui ne représente  plus qu’un dixième du budget de l’Opéra National de Paris, et constitue désormais le seul opéra de Grèce, celui de Thessalonique ayant fermé ses portes faute de moyens.

C’est le tableau d’une partie de la civilisation européenne qui s’envole en fumée… De quoi faire se retourner les sages philosophes grecs dans leurs tombes !

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