10 452 km². Plus de 5000 ans d’Histoire.
A quoi pensez-vous, quand vous entendez le mot « Liban » ? Des scènes de destruction défilent peut-être dans votre esprit, ponctuées de visages meurtris, de sanglots étouffés et de maisons en ruines…Il est vrai que l’actualité libanaise ne fait pas rêver : que ce soit l’explosion meurtrière du port de Beyrouth survenue en août 2020 ou les deux guerres dévastatrices qui se sont succédé depuis, il est difficile d’imaginer autre chose qu’un pays brisé, jusqu’à ce jour étouffé par une crise économique persistante. Mais si je vous offrais un autre point de vue ? Et si, en tant que libanaise, je partageais avec vous mon expérience du Liban, avec ses plages rayonnantes, ses montagnes inébranlables et surtout, son peuple rêveur ? Car le Liban, où fut inventé l’alphabet moderne il y a plus de 3000 ans, ne se résume pas aux titres sombres des journaux. Alors partons ensemble en voyage à travers cette terre de foi et de résilience, joyau du Levant et carrefour des civilisations.

Sans grande surprise, notre périple débutera par une escale à Beyrouth. Capitale du pays, il s’agit aussi de son centre culturel et économique. Depuis la place des martyrs, nous cheminerons paisiblement vers la rue Amir Bachir, ou se côtoient la mosquée Mohamed-El-Amine, connue pour ces dômes azurs, la cathédrale Saint-Georges Maronite, et la cathédrale Saint-Georges Grecque-Orthodoxe. Bercés par les mélodies entrelacées des cloches et de l’Adhan, nous déambulerons vers Beirut Souks, quartier commercial moderne où siègent entreprises, cafés, cinémas, et boutiques de luxe. Au terme d’une visite au Palais Sursock, abritant un musée d’art contemporain, nous errerons au fil des rues Hamra et Bliss, où la voix séraphique de Fairuz s’échappe des cafés et épouse l’envoutante fragrance de fleurs coupées et de man’ouchés encore chauds. Après avoir croisé plusieurs étudiants songeurs et fêtards éméchés, la Méditerranée se dressera devant nos yeux, étincelante sous un ciel déclinant aux nuances rosées.

Le lendemain, nous flânerons de longues heures au musée national puis au musée Mim, hébergeant l’une des plus grandes collections privées de minéraux au monde. Ensuite, direction le nord : vers la ville de Byblos (Jbeil, en arabe), l’une des plus anciennes cités habitées de la planète. Une fois sur place, nous nous promènerons au cœur de ses ruelles pittoresques et romantiques, bordées d’arbres en fleurs. Par la suite, nous explorerons le mystérieux château médiéval de Gibelet, construit par les croisés il y a plus de huit cents ans. Depuis ses remparts, nous nous laisserons charmer par la vue, donnant sur le vieux port, les ruines phéniciennes, et les montagnes. Un chat noir rôdera un peu plus loin, feignant l’indifférence tout en gardant un œil soupçonneux sur nous. A la suite d’un détour rapide par Batroun, où nous siroterons de la limonade en contemplant le coucher de soleil près de l’antique mur phénicien, nous mettrons le cap sur Jounieh, ville côtière très touristique. Ayant profité de sa baie scintillante et de sa vie nocturne, nous emprunterons le téléphérique afin de rejoindre le sanctuaire Notre-Dame-du-Liban, où s’élève une statue monumentale de la Vierge Marie.

Le matin suivant, nous ferons route vers l’est. En chemin, nous marquerons un arrêt à Jeita, et en bateau, nous plongerons au cœur de ses mystérieuses grottes karstiques. Datant de plusieurs millions d’années, ces cavités naturelles sculptées par l’eau offrent un décor à couper le souffle. L’atmosphère y est presque surnaturelle : on a la sensation de voguer hors du réel, dérivant vers un monde parallèle. L’air y est pur et frais, l’eau miroitante, et la quiétude qui y règne pourrait immerger le plus sceptique des hommes dans un état de contemplation spirituelle.

Par la suite, nous sillonnerons la verdoyante plaine de la Bekaa. Arrivés à Baalbeck, nous nous aventurerons au sein de son site archéologique, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. Nous admirerons le colossal temple de Bacchus, parmi les mieux conservés du monde gréco-romain, puis les temples de Jupiter et de Vénus. A midi, nous dégusterons la spécialité locale : des chaussons de viande hachée épicée à la cannelle, au persil et à la menthe, du nom de sfiha baalbakieh. Nous achèverons notre visite par un passage au mausolée de Sayyida Khawla, petite-fille du prophète Mohamed, où se recueillent chaque année plus d’un million de personnes. Nous nous faufilerons en son cœur et parmi ses fidèles, afin d’admirer ses murs et son plafond sertis de cristaux éblouissants, ainsi que ses colonnes ornées d’arabesques florales et de calligraphies dorées.
De là, nous prendrons la direction du Sud-Liban. Dans la foulée, nous ferons halte dans la région du Chouf, au sud-est de la capitale. Nous nous baladerons dans le charmant village de Deir-el-Qamar avant de nous rendre à Beiteddine, ancienne capitale de l’émirat du Mont-Liban, où régnait la famille princière des Chehab. Le splendide palais de Beiteddine, perle architecturale du Liban, ne manquera pas de nous émerveiller, avec ses somptueuses salles de réception et ses boiseries peintes. Une après-midi, nous nous perdrons dans la réserve naturelle du Barouk, formée de plusieurs forêts de cèdres, et habitée par plus de 200 espèces d’oiseaux. Les yeux clos, nous déambulerons paisiblement entre ses arbres millénaires, caressés par une brise fraiche et bercés par le doux chant des mésanges.
Au Sud, nous commencerons par faire un tour dans la ville de Sidon (Saïda en arabe). Nous déjeunerons dans un restaurant en bord de mer, probablement de poisson fraichement péché, accompagné de riz, d’un plateau de mezzés et d’un bol de fattoush. Car non, la gastronomie libanaise ne se limite pas aux falafels, shawarma, houmous, et taboulé qui, bien qu’exquis, ne représentent qu’une infime part des délices qu’offre le pays. Une fois rassasiés, nous jetterons un œil aux nombreuses pâtisseries de la ville, servant une large palette de desserts libanais et levantins. Nous en sortirons les bras remplis de sucreries alléchantes, notamment des sanioura (gâteaux traditionnels de Sidon), des atayef (crêpes fourrées libanaises), des maamouls (sablés arabes farcis), des nammoura (gâteaux à base de semoule imbibés de sirop) ou encore des baklawa, que l’on ne présente plus. Ensuite, nous visiterons la forteresse maritime de Saïda, avant de nous mettre en route pour la ville de Tyr (Sour en arabe), située au sud du fleuve Litani. Une fois sur place, nous nous prélasserons sur ses plages de sable fin, et nous nous baignerons dans ses eaux céruléennes, avant de visiter son hippodrome romain, l’un des plus grands au monde. Nous explorerons ensuite ses champs d’oliviers luxuriants et admirerons les jolies maisons traditionnelles des villages alentour.
Enfin, nous remonterons vers le nord du Liban. En chemin, nous reprendrons notre souffle dans la ville montagnarde de Faraya, réputée pour ses stations de ski et ses chalets conviviaux. Nous poursuivrons ensuite vers Tripoli (Trablos en arabe), où nous nous délecterons de ses célèbres halewet-el-jeben, de succulentes douceurs à base de fromage. Garnies d’ashta, une crème onctueuse et parfumée, ces petites merveilles culinaires fondent dans la bouche et se mêlent au sirop de rose, un paradis pour les papilles.
Notre voyage prendra fin dans la resplendissante forêt des Cèdres de Dieu (Arz-al-Rab en arabe), près de Bcharré. Recroquevillés sous leurs crinières émeraude au parfum enivrant, nous méditerons longuement. Et face à ces titans presque éternels, dont la sève s’apparente à de la sagesse liquide, nous nous souviendrons que les malheurs sont éphémères, alors que la beauté résiste aux épreuves du temps. Car si les cèdres du Liban, aussi résilients et résistants que son peuple, ont réussi à surmonter les flammes, le poison et les cendres, alors tout le monde en est capable.
Après l’épreuve vient la douceur. Les bombes cesseront, mais une vérité restera intacte : le Liban est une terre d’amour et de courage, depuis ses cèdres au nord jusqu’à ces oliviers au sud.
Aya Berro