Contre les débats multiples

Contre les débats multiples

Par Céline Poizat et Julien Laurian

 

Faire oublier pendant un entre-deux-tours la présence d’enjeux pour la France, seul Sarkozy pouvait y penser. Créer un débat sur le débat, accompagné d’attaques ad hominem : démagogie tu m’avais manqué !

 

Le « président-candidat » traite Hollande de lâche car celui-ci n’a pas cédé à son caprice. Refuser une telle proposition ne semble toutefois pas marquer un manque de courage mais plutôt un défaut d’ineptie politique. Il prouve à ces mêmes détracteurs, qui le dotent d’un manque de vaillance, que, justement, il sait dire non à un chef d’Etat européen, d’un non ferme, qui agace beaucoup à droite. Car, si le socialiste a tout à perdre, Nicolas Sarkozy, lui, a tout à gagner.  Cette demande, au-delà de la mendicité dont il fait preuve depuis quelques mois en implorant à l’aide les nantis présents à ses meetings, témoigne de la faiblesse du président.

Pourquoi n’a-t-il pas proposé cette multiplicité des débats lorsqu’il était en tête face à Ségolène Royal ? Pourquoi refuser même le débat alors par François Bayrou face aux deux candidats en clamant haut et fort que «dans la République, il y a des règles » ?

Tout simplement parce qu’alors il n’avait pas peur de perdre. Tout simplement aussi parce qu’il semblerait que M. Hollande n’ai pas le monopole du changement ! M. Sarkozy sait aussi bien changer sa position tant quant aux règles de la république que celle concernant le vote des étrangers. Le cinglant son de la défaite bourdonne historiquement aux oreilles de Sarkozy car il n’ignore pas que déjà en 1981 un certain Valery Giscard D’Estaing  quémandait plusieurs débats au lieu d’un seul à un autre François…

Enfin il serait trop facile d’utiliser l’argumentaire communiquant en renvoyant François Hollande à son slogan de campagne « le changement c’est maintenant ! ». Certes le changement est fondateur de la campagne socialiste, mais ce changement s’incarne dans un projet global et cohérent de société, qu’il serait dès lors absurde d’analyser à l’aune de trois débats strictement distincts… D’autant que l’on cherche encore la cohérence dans l’appellation « éducation, société et immigration » du dernier débat, où la véritable place de la justice, de la santé, de la culture dans le débat présidentiel lorsque toutes ses problématiques sont agrégés dans un vague pêle-mêle nommé « société ».

 

Mais au-delà de ces circonstances, l’idée même de la multiplicité de débats est absurde.  Quel est le but ? Compter les points et pouvoir dire à la fin « 2-1 : jeu, set et match ! » ? Car le contenu n’a que peu d’importance : celui qui « bat » l’autre c’est celui qui parle le mieux et non celui qui pense le plus juste. Fonder le vote du second tour sur ces débats revient à remettre en cause les campagnes et les débats proposés avant le premier tour par les « petites » formations politiques. C’est aussi défendre l’idée qu’il s’agirait enfin de débattre pour faire un choix politique éclairé entre deux visions de la France… mais le débat n’est il pas censé avoir commencé depuis le début de la campagne ? M. Sarkozy ne serait il pas en retard dans sa propre campagne pour imposer à tous trois débats afin de présenter son projet politique ? Le camp socialiste semble simplement rappeler par son refus que le vote de gauche est déjà éclairé et motivé et que le débat n’est qu’une confrontation politique, qu’un jeu traditionnel de la République.

Et puis, honnêtement, qui regarderait l’intégralité des trois débats quand on trouve déjà qu’un seul c’est long ?  À force d’instrumentaliser la politique en en faisant un spectacle permanent, où les élites s’affrontent sous forme de joutes oratoires et de petites phrases, on en vient à un vote lassé, désabusé et profondément populiste, que les 20% de Marine Le Pen ne manquent pas de nous rappeler.

De plus diviser les débats par thèmes revient à retirer toute la cohérence d’un programme politique. Pouvez vous imaginer une politique économique ne touchant pas au social, et réciproquement ?

Non, bien sûr, à moins que vous n’infantilisiez les citoyens français, en leur ôtant toute capacité d’analyse et de compréhension complexe sur des questions croisées.  Or François Hollande et son projet global de changement et sa vision complexe de la société arrive en tête au premier tour…

Alors de mauvaises langues et pas les moins vulgaire telle Nadine Morano, brandissent l’argument des primaires PS lors desquelles plusieurs débats avaient été organisés et qu’à cette époque « cela ne les dérangeait pas ». Effectivement, il y avait plusieurs débats, mais il ne faut pas être un génie ni avoir une incroyable mémoire pour se souvenir qu’ils avaient tous lieu AVANT le premier tour.  Ce contre argument ne fait que revenir sur l’idée que le débat est depuis longtemps engagé et que l’UMP ne semblait pas utile il y a quelques temps, au moment de la désignation de leur candidat, de l’utiliser…

 

Les débats politiques se résumant trop souvent à des dialogues de sourds pour pensées muettes,  autant éviter de brailler pour en avoir d’avantage. « C’est là où les débats blessent : ils ne partent pas d’en bas, à ras, sous les pâquerettes de la rhétorique » nous rappellerait Philippe Muray dans Exorcismes spirituels III (p259, Edition Les Belles Lettres, 2002), alors autant ne pas les multiplier à outrance, et les imposer aux spectateurs, qui n’ont rien demandé !

5 Commentaires

  1. Je me disais bien qu’en postant en premier, vous m’allumeriez ! Ca n’a pas manqué =P

    Par contre, Il faut préciser que la séparation en trois débats à thèmes est de moi et non tirée de la proposition de Mr. Sarkozy. Vous êtes donc sur ce sujet, et comme dans beaucoup d’autres, un peu rude avec lui.

    Pour conclure sur une note plus réfléchie, l’élection semble jouée et il n’y a plus qu’une chose à espèrer : si Hollande n’a rien à gagner dans ces débats, il aura dimanche tout à prouver (et j’espère qu’il sera à la hauteur) !

  2. Article intéréssant et engagé, bravo à vous!

    Cependant, lorsque vous dîtes » Car le contenu n’a que peu d’importance : celui qui « bat » l’autre c’est celui qui parle le mieux et non celui qui pense le plus juste «, mes bras m’en tombent!

    Un débat est certes avant tout une joute oratoire comme le dit Fred dans son article mais c’est aussi un pure démonstration, pas que réthorique, de la légitimité d’un programme et des idées avancées pendant la campagne. Ma remarque vise surtout M Hollande qui a fondé 90% de cette dernière sur l’anti-Sarkozisme et qui est sorti maintes fois par la petite porte aux premières questions sur ses mesures!

  3. Quelle serait la légitimité pleine et entière du vote si on le considérait seulement fondé sur l’exposition des programmes lors d’un débat de l’entre deux tours… Évidemment nous sommes convaincus que le fond prime sur les formules… mais le fond est souvent déjà bien connu des partisants de Hollande et de ceux qui ont établis leur vote pour le changement au premier tour (FG, EE, NPA etc.)! Le débat est engagé depuis longtps et seul M Sarkozy semble encore nécessiter de ce dernier pour éclairer; préciser… voir radicaliser sa pensée.

  4. Effectivement article intéressant.

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