L’universalisme français, un projet à réinventer ?

Il règne dans l’espace public un climat hystérique dans lequel chacun se complait face à des élites qui ressentent tantôt le besoin de l’instrumentaliser, ou de s’indigner face à lui, et où les diagnostiques partagés peinent à atteindre la surface. Comme en témoigne la fortune des mots réactionnaire, nationaliste, fasciste, raciste, populiste, le temps est revenu en France des anathèmes et des labels infamants.

Nous trouvons dans ce constat la source de l’incapacité qu’observe aujourd’hui la classe politique française à réinventer le roman national. A défaut de se concentrer sur sa construction, elle fait acte de son désaccord fondamental sur ce qui lui est antérieur. Avant d’acter sur ce que sera un projet faut-il encore qu’il y ait accord sur ce qui le fonde. Il conviendrait de définir des politiques éventuellement opposées mais fondées sur une reconnaissance commune des termes et des problèmes à résoudre. Au lieu de quoi nous naviguons dans un brouillard épais qui laisse tous citoyens, engagé ou non, dans l’incompréhension et le flou.

Faute de se rassembler sur le constat nous nous trouvons dans l’incapacité physique et intellectuelle à se mettre d’accord sur les solutions. Ici réside le blocage politique du pays.

Ne payons pas mot mais tentons de dresser le bon diagnostic. Sommes-nous affectés par un mal particulier et si oui lequel ?

Il règne aujourd’hui un malaise général, situation d’ensemble qui touche le monde occidental mais à l’intérieur duquel la France, elle, se détache. Peut être ce constat trône t-il comme une « illusion de la patrie » résidant dans le simple fait que ce pays est le notre. Qu’en savons nous ?

Recul de leadership à l’intérieur d’un monde globalisé, remise en question identitaire de ce que nous avons été par une nouvelle situation où sont redistribués les rôles à l’échelle mondiale. Remise en question de l’ensemble des traditions historiques sur lesquelles nous avons jusque ici vécu. La France est universelle mais elle a toujours du mal à le réaliser et prend l’auto-flagellation qui la caractérise comme pratique culturelle courante; comme si elle était affectée par un mal qui l’affecte de front.

Comme si au fond l’universalisme culturel et philosophique sur lequel s’est bâti le pays se retrouvait étouffé par la globalisation et que celle-ci n’avait plus de place à jouer dans le nouveau monde qui se construit autour d’elle.

Il trône ici un triste constat. La France se croyait universelle elle se découvre une province reconnue d’un monde où son expérience historique, tant vantée ne signifie plus grand chose. Il en va de même pour les Etats-Unis, qui partageait autrefois le monopole de cette expérience philosophique.

Il fut un temps où la France était très à l’aise dans le monde de l’après où sa tradition historique était en phase avec les exigences du moment, elle était l’état organisateur, l’état providence, l’état redistributeur, planificateur assumant avec fierté son colbertisme revendiqué.

Elle affichait une méthode de pilotage bien rodée, avec l’Etat comme éternel gardien d’une identité et d’une culture sur lesquelles personne ne s’accorde, et avec l’Etat comme clé de voute de l’édifice républicain.

Un pouvoir du politique qui s’est diffracté, une marge de manoeuvre de la classe politique qui s’est réduite. L’identité est chose précieuse, fragile et périssable. Il nous faut assumer cet héritage et le réformer. La gauche qui a longtemps réfuté ce dernier a fait une erreur fondamentale car ce n’est qu’en prenant pleine mesure de ce que nous sommes que nous pourrons avancer. C’est ce déni qui fait aujourd’hui que la question même de l’identité qui n’est au fond qu’un simple questionnement sur ce qui nous anime est devenu piégeuse. Principalement parce que celle-ci s’est affichée politiquement, elle s’est absentée du débat public et y est réapparue comme pour flatter une forme de nostalgie qui est somme toute compréhensible, mais qui à défaut de la recadrer s’est manifestée comme un outil de revendication exclusif conçu pour flatter son propre fondement. Réduisant l’identité à la seule question de la religion, laissant place à l’instrumentalisation des uns et des autres. Il nous faut renouer avec l’universalisme français en le reformant et en requalifiant l’étendard qu’il représentait en l’adaptant à la conjoncture actuelle.

Pour ces raisons, le débat public ne doit pas se nourrir de la défiance, mais au contraire s’ouvrir et chercher à restaurer la confiance. Pour citer Emmanuel Macron  « Il ne doit pas y avoir de débat interdit, on ne doit pas caricaturer les débats difficiles, on ne doit pas les simplifier, on ne doit pas les hystériser mais on doit, de manière adulte, dans l’intérêt de tous, en discuter pour trouver les bonnes solutions et en transparence ».

 

5 Commentaires

    • Quand les libéraux parlent de l’Etat comme support du rayonnement et de l’universalisme Français, il y a de quoi augurer un avenir prometteur à une spécialité inventée par nos libéraux à nous : je parle de l’industrie de la capilo-traction (cocorico), qui fait encore des émules, à ce que je vois, chez les macronnistes dauphinois.
      Je tiens à souligner le contresens qu’il y a à en appeler à l’Etat comme support de la nation et en même temps prêcher pour la paroisse libérale : c’est comme prêcher pour les bienfait de la propriété des biens de production et ensuite chercher à répendre le Marxisme.
      Rappelons que les libéraux prennent l’Etat comme une entité exogène, étrangère à la multitude des hommes, qui se serait greffée à la société pour l’asservir de sa volonté propre… on pourrait donc se passer de l’Etat, et il est souhaitable pour les libéraux de se passer de l’Etat… Alors pourquoi en appeler à l’Etat lorsque que l’on est libéral ? Et bien parce que l’Etat, indésirablement interventionniste, a toujours été la béquille du libéralisme : seul garant de la propriété privée, du sauvetage du système financier, des politiques de relance Keynésiennes (qui n’ont jamais été propres à la gauche, ni une nouveauté à droite, quoi que les étudiants en master en pensent) lorsque que le libéralisme sauvage cassé son jouet, de la solidarité nationale et de la cohésion qu’il en résulte, et, bien entendu, du sentiment national et du «roman» qui va avec.
      Chercher une tradition libéral dans les habitudes dirigistes françaises… bientôt pourra-t-on aussi trouver des originaux pour se revendiquer du Thatchérisme et du Gaullisme en même temps… oh wait !

      • Cette vision très binaire entre libéralisme et étatisme ignore que la France a longtemps été un terreau pour les penseurs libéraux (Bastiat, Constant, et plus récemment Koening). Il est vrai que la monarchie à la française s’est longtemps soldée comme un état très dirigiste au pouvoir centralisé (voir Louis XIV) mais la Révolution et son idéal est passée par là et les régimes politiques qui la suive alternent entre dirigisme, libéralisme étatique (pour reprendre l’expression théorisée par Lucien Jaumes), libéralisme libertaire et dirigisme exacerbée (Régime de Vichy par exemple). «Les habitudes dirigistes françaises» comme tu dis ne sont que partiellement vérifiables dans les faits. La France a surtout connue quelques phases dirigistes (souvent très brèves) qui ont profondément impacté le rapport de l’Etat à la nation. Et dès fois, il fût même possible de concilier les deux, comme ce fût le cas sous le Second Empire où nombreux historiens parlent d’Empire Libéral qui s’efforça de donner plus de libertés économiques aux entreprises et certaines formes de libertés individuelles apparaissent également.
        Si, il y a une tradition libérale en France mais elle assez brève et mouvementée. A droite elle fût véhiculée par le courant bonapartiste.

  1. Pour ma part je trouve cet article assez médiocre. Je ne vais pas mâcher mes mots, et je vais être assez direct.
    Cet article souffre des symptômes d’une rédaction trop rapide et d’une relecture trop superficielle. Les idées sont exposées dans un flou déplaisant, aucune notion n’est définie pour que l’on puisse savoir de quoi on parle exactement. On passe tantôt du roman national, à l’identité puis à une prêche de bigot Républicain. Le tout couronné par une petit publicité pour Emmanuel Macron à la fin.
    Je suis désolé Mathieu, mais il faudra que l’on reparle de cet article pour que tu m’explique ce qu’il t’es passé par la tête.

    Paul C

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