Fred S. Roberts, de la théorie des graphes à la sécurité nationale

Jeudi 26 juin se déroulera en Amphi 8 la remise du titre de Docteur Honoris Causa (DHC), décerné à deux personnalités majeures des sciences économiques. Si Joseph E. Stiglitz s’intéresse plus à la macroéconomie et aux politiques publiques, Fred S. Roberts se trouve à l’opposé du spectre et a poursuivi sa formation en mathématiques par des recherches appliquées à des sujets aussi divers que la théorie de la décision ou la gestion de l’environnement. Cette multitude de sujets abordés trouve peut-être son fil directeur dans la théorie des graphes dont il est l’un des plus grands experts, ayant signé quelques ouvrages de référence.

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Fred S. Roberts

Cette théorie est née avec le fameux problème des sept ponts de Königsberg posé par Leonhard Euler en 1735. Si vous avez déjà mis les pieds sur Internet, vous savez que celui-ci est un gigantesque réseau de pages web connectées par des liens, ou plus précisément de machines connectées les unes aux autres. Voilà un graphe. Vous avez déjà fait un peu de sociologie ? Alors vous avez sûrement entendu parler de l’expérience de Milgram et de son Small World. Dans le graphe des relations humaines, nous ne sommes jamais à plus de six degrés de séparation de quelque autre point du graphe. Lorsqu’un vendeur d’aspirateur désire visiter un nombre donné de maisons en parcourant le plus petit chemin possible, c’est encore à la théorie des graphes qu’on fait appel pour modéliser le problème. Et ce sont vraiment des problèmes d’actualité, comme le montre cet article sur l’enjeu de trouver le plus court chemin pour des firmes telles que UPS.

Le plan des Internets
Le plan des Internets

La carrière de Roberts commence par plusieurs papiers sur ces graphes ainsi qu’un article dont le titre mettra sûrement d’accord les nombreux apprentis microéconomistes qui ont un jour lutté avec le concept de fonction d’utilité : What if utility functions do not exist ? (1972). Je vous arrête tout de suite, ce papier ne démontre pas que ce qu’on a tenté de nous inculquer pendant deux ans est complètement inutile, bien au contraire. S’appuyant sur les nombreuses critiques du modèle microéconomique, Roberts étudie d’autres constructions alternatives de la fonction d’utilité, dans des cas où l’approche classique échoue, brassant beaucoup d’idées dont certaines sont issues de la théorie des graphes. Cet article, rédigé alors qu’il travaillait pour la prestigieuse Rand Corporation (qui a vu passer entre autres John von Neumann ou Kenneth Arrow), est un excellent exemple de l’originalité de ses recherches et de son ouverture intellectuelle.

Quelques années plus tard, il devient vice-président de la Society for Industrial and Applied Mathematics (SIAM) et dirige entre 1996 et 2011 le Center for Discrete Mathematics (la branche à laquelle la théorie des graphes appartient) and Theoretical Computer Science. Il prend la direction du CCICADA, centre lié au ministère de l’Intérieur et qui s’intéresse aux questions du traitement massif de données afin de mettre en place des systèmes de sécurité pour les stades ou les transports en commun par exemple. Il a récemment publié un article mêlant épidémiologie, théorie des graphes et gestion des catastrophes naturelles. Roberts est donc bien un chercheur complet et la remise de ce titre de DHC par Dauphine est parfaitement cohérent venant d’une Université aussi portée sur les sciences de la décision et sur les modèles mathématiques en économie.

Retrouvez ci-dessous notre interview avec Fred S. Roberts avant la remise de son titre de DHC. Consultez également l’article de Pierre Rojas sur Joseph E. Stiglitz et l’attribution du titre de DHC.

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