C'était mieux avant ?

« On entend toujours, les générations supérieures nous dire que leur époque était meilleure. Enfant, je voulais devenir grande pour disposer des libertés promises par mes parents. Maintenant, je repense au passé avec nostalgie… Pourquoi est-ce que “c’était mieux avant” ?

 

- Quelque part, on est peut-être tous victime d’une idéalisation du passé. Objectivement, il n’y a pas de période qui serait “meilleure” qu’une autre. Il y a juste des moments où on est plus insouciants, où l’on se pose moins de questions. Et ça expliquerait pourquoi beaucoup de personnes sont nostalgiques de l’enfance : à chaque génération son “c’était mieux avant” ! On est protégé par l’environnement familial.

 

- C’est vrai. Ça n’est pas toujours le cas – malheureusement – mais souvent, l’enfance est très insouciante. Lorsque l’on repense avec nostalgie à notre jeunesse, peut-être que ce que l’on regrette, c’est ces moments où les regards, la pression, la peur, les inégalités, la guerre et même la mort n’existaient pas. Maintenant que nous avons conscience que le monde “brûle”, nous pouvons nous dire que l’ignorance était plus facile. Elle l’était.

 

- Oui, je trouve qu’être nostalgique, c’est très contradictoire. Il y a une sorte de voyage dans le temps, où l’on prend plaisir à revivre des moments heureux. Mais en même temps, au fond, il y a cette amertume d’une époque révolue. La nostalgie est très confortable mais si l’on s’enfonce dedans, elle peut générer frustration et dépression. On sait qu’on ne pourra jamais recréer ces conditions passées. Dans un sens, c’est aussi un déni de la réalité.

 

- Exactement. À consommer avec modération ? C’est dommage parce que certaines études ont montré que malgré l’impression qui, parfois, reste négative, la nostalgie impacte positivement notre cerveau. Elle stimule la mémoire, la régulation émotionnelle et le système de récompense, et a un effet positif justement car nous idéalisons notre passé. Dans un moment difficile, cette pensée peut nous aider à nous dire que tout s’arrangera car on a déjà été heureux. Cette même activité cérébrale nous rend plus alerte et développe notre bien-être, notre créativité et notre inspiration. De plus, le retour vers soi a tendance à nous rendre plus optimistes.

 

- Et puis, c’est aussi un moyen de s’ancrer dans sa génération et de trouver sa place. J’ai l’impression d’être plus proche des gens nés à la même époque que moi, simplement car nous regardions les mêmes dessins animés ou écoutions les mêmes musiques. Nous avons baigné dans une culture commune. Ce sentiment d’appartenance peut aussi avoir l’effet contraire, cela dit. On peut parfois avoir l’impression d’être passé à côté de quelque chose si on a des références différentes ou grandi trop vite. Ce sentiment est amplifié par les réseaux sociaux, je trouve. Ils falsifient notre lien aux autres en isolant et créant des complexes. C’est un outil qui accroît les différences et la comparaison à autrui.

 

- Et en même temps, est-ce grave de ne pas être pareil ? Se remémorer ces moments, c’est cultiver son unicité. La nostalgie c’est toujours subjectif, une somme d’expérience qui nous est propre. Replonger dans son passé est un moyen de pratiquer une introspection. C’est le fait de relire sa propre histoire et de l’apprécier puisqu’on la regrette. C’est penser ce que l’on est par le chemin parcouru et constater qu’on a évolué. 

- Je pense que se souvenir de nos bons moments donne de l’espoir dans les moments difficiles. La nostalgie nous rappelle que la vie est un cycle, avec ses bons et mauvais moments. Elle nous donne de l’espoir, l’impression que les choses vont bientôt s’arranger. »

 

Martin TOURASSE-BEAUVERT (L3 LISS) et Jeanne MILAN (L3 EID)

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