Essence/Diesel: la course des menteurs

Essence/Diesel : la course des menteurs

 

Obligatoires depuis 2006, les étiquettes énergies indiquent le taux de rejet en COpar kilomètre des modèles de véhicules. Complétée par un bonus-malus écologique instauré en 2008, cette mesure est supposée inciter les consommateurs à opter pour des voitures plus « écologiques » et bien souvent les oriente vers le diesel – moins « polluant » que l’essence et moins cher en carburant.

 

Mais l’indicateur choisi est-il le plus pertinent ?

 

Au royaume du diesel

En 2012, le diesel représentait 71% du parc automobile français contre 9,9 % il y a 30 ans. C’est le résultat d’une politique continue des autorités françaises qui a rendu la fiscalité du gazole plus avantageuse que celle de l’essence, accentuée par la mise en place des bonus-malus sur les émissions en CO2, (les véhicules diesel en rejetant un peu moins).

Problème, le CO2 n’est pas le seul responsable du réchauffement climatique, et encore moins de la pollution de nosagglomérations. Le catalyseur dont est doté le moteur essence lui permet de réduire significativement les polluants… ce qui n’est pas le cas du diesel ! Les oxydes d’azote (NOx), gaz à effet de serre émis principalement par le diesel, sont également coupables de cette pollution croissante. Les émissions de dioxyde d’azote (NO2) ont d’ailleurs triplé entre 1990 et 2012…

Résultat, les véhicules diesel sont à l’origine de 87 % des particules émises par le trafic routier français – et ce malgré la généralisation des filtres à particules.

 

Le diesel, à l’origine de 40 000 morts prématurées par an

Si le temps où une fumée noire se dégageait du pot d’échappement est heureusement révolu, la pollution de l’air existe toujours et n’en demeure pas moins nocive pour la santé.

En 2012, le diesel a été déclaré « cancérogène certain » par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Outre les oxydes d’azote, le diesel émet aussi des particules fines, les benzopyrènes, cancérigènes et responsables d’allergies et de maladies cardio-pulmonaires.

Selon une étude réalisée par l’ONG ICCT, le diesel aurait causé 107.600 décès prématurés dans le monde en 2015, dont 38.000 sont imputables aux « émissions générées en excès » par rapport à celles prévues par les tests effectués en laboratoire.

 

Des mesures trop éloignées de la réalité

Certains accusent les normes antipollution européennes d’être trop souples. Aux États-Unis par exemple, le taux de NOx autorisé pour un diesel est presque trois fois inférieur au seuil imposé par les normes Euro 6. Mais le problème est autre : les conditions de mesures normalisées, définies par le cycle NEDC, test qui mesure la consommation et les émissions polluantes des nouveaux modèles de véhicules depuis 1973, sont complètement dépassées. Elles ont lieu en laboratoire, dans des circonstances irréalistes, à une température de 20°, sans vent…

Depuis plus de quarante ans, les constructeurs ont ainsi pris l’habitude d’optimiser leurs moteurs pour ce cycle normalisé et non pour un usage réel, où les conditions sont bien plus exigeantes. C’est ce qui explique les écarts parfois très importants entre les chiffres affichés sur les étiquettes et la réalité.

 

Des dommages sanitaires qui remettent en cause la politique de favoritisme de l’Etat

D’après le ministère de l’Environnement, « les dommages sanitaires liés aux particules fines coûtent annuellement 20 à 30 milliards d’euros à la France, » sans compter les conséquences sur les rendements agricoles, la biodiversité ou les bâtiments. Ce même ministère qui, en 2008, instaura le bonus « écologique » avec pour effet la vente de centaines de milliers de diesels dépourvus de filtre à particules, et dont le bonus pouvait atteindre 1 000 € !

Il a fallu attendre 2015 et l’affaire Volkswagen pour raviver le débat sur la pollution du diesel. La polémique a poussé le gouvernement français à rapprocher les taxes diesel et essence. Un amendement devait permettre aux entreprises de pouvoir récupérer la TVA sur l’essence, comme c’est déjà le cas sur le diesel, mais a malheureusement été rejeté par le Sénat…

En parallèle, la maire de Paris annonce l’interdiction du diesel d’ici à 2020, et la vignette Crit’Air mise en place par le ministère de l’Environnement pénalise… les diesels, dont il encourage la vente depuis près de dix ans. Enfin, la France a abandonné (à grands frais !) l’écotaxe, mesure qui semblait pourtant juste et pertinente sur le plan écologique.

 

Et la logique dans tout ça ?

Essence ou diesel, au fond, peu importe qui pollue le plus : deux futurs dinosaures à l’ère de la… voiture électrique !

 

 

 

 

 

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