Clovis Villette est né à Paris, en 1995. Ancien élève de CentraleSupélec, il a aussi obtenu une licence d’économie à l’université Paris-Dauphine et un master en affaires publiques à Sciences Po. Il a été assistant parlementaire à l’Assemblée Nationale et est aujourd’hui chef de projet pour l’État de Vaud, en Suisse. Il est l’auteur de deux romans : Le Puceron, paru en 2020, et Dissolution, paru à l’été 2025.
Dissolution
C’est dans une réalité assez proche de la nôtre, où un président centriste termine son deuxième mandat, où un ancien ministre de l’économie est interrogé sur son rôle dans le dérapage des comptes publics, où des multinationales financent des petits projets écolos pour faire de grandes campagnes de publicité, et où le lien social se délite, qu’évoluent Ambre et François. Ces deux-là, s’ils sont amis d’enfance, ne se ressemblent pas. François est droit, réfléchi, il travaille pour une députée de la majorité. Ambre, spontanée et aventurière, milite pour Libre Humanité, un parti écologiste radical. L’élection présidentielle approche. Ils sont au cœur de la superbe machine politique, chacun dans un camp. Dans ce roman, Clovis Villette nous place face à l’un des grands dilemmes philosophiques du XXIe siècle : entre notre environnement naturel, commun à tous et dont la protection se heurte aux intérêts nationaux, et notre environnement social, fondé sur une identité et une culture nationale, que choisir ? C’est cette tension entre les désirs d’unification et de diversification de l’humanité qui se joue dans les oppositions politiques du monde de Dissolution… et peut-être bien du nôtre aussi. Pertinent, captivant, et écrit dans un style fin mais accessible, ce deuxième livre de Clovis Villette est d’un aboutissement remarquable.
Un miroir sur notre monde.
Dissolution est une œuvre résolument réaliste, qui se déploie dans un espace-temps qui est, si ce n’est similaire, en tout cas analogue à notre réalité. Du point de vue de l’espace, d’abord, Clovis Villette s’attache à peindre un tableau fidèle de la ville de Paris. Au fil des pages, le lecteur est emmené des restaurants du Marais aux cafés du VIIe, et des quais de Seine, là où débutent les histoires d’amour, à la place de la Concorde, où se soulèvent les foules. Surtout, l’auteur nous ouvre les portes de l’Assemblée Nationale, qu’il a fréquentée lorsqu’il était attaché parlementaire. Il y décrit, à travers le regard idéaliste de François, les lieux, mais aussi les logiques qui sont à l’œuvre dans le microcosme politique : le service de l’État, certes, mais aussi l’opportunisme, la pression, la fugacité des débats, les arrangements en tout genre…
Ce même réalisme caractérise l’intrigue : un président arrivant au terme de son second mandat, une campagne présidentielle, un durcissement du militantisme, et une France fracturée, qui balance entre l’immobilisme ou l’extrémisme. Mais alors, qui d’Adam Davenir, d’Élise Bicorne ou de Johan Vittello, qui le peuple élira-t-il ? L’écologiste mondialiste, la conformiste centriste ou le traditionaliste patriote ? Si cette élection est imaginaire, elle n’en est pas moins vraisemblable. Et donc, si ses conséquences restent conscrites à la fiction, elles nous interrogent bien au-delà, jusque sur le réel.
Dans un avenir plutôt proche, ne devrons-nous pas nous prononcer sur le modèle de société le plus à même de répondre aux grands défis de notre temps ? Face à ce choix, les analyses de Clovis Villette sont d’une actualité et d’une justesse remarquables, en ce qu’elles engagent le lecteur à envisager ces grands défis — la protection de la nature, de la culture, de la cohésion sociale, des valeurs communes — sous un angle nouveau.
La nature contre la culture.
« La mondialisation est le plus grand processus d’acculturation que nos civilisations aient jamais connu. […] Tous les pays subissent une lente et ineffable transformation de leur modèle sociétal, tous convergent vers le même équilibre. Les cultures se dissolvent les unes dans les autres. »
Chapitre XXI
L’aboutissement de ce processus est au cœur de la stratégie politique des membres de Libre Humanité, le parti écologiste radical imaginé par Clovis Villette. Si les nations n’envisagent effectivement le monde que par le prisme de leurs intérêts propres, comment pourraient-elles toutes s’entendre pour faire face au péril climatique ? Les égoïsmes nationaux n’existant que parce qu’il existe des nations, les faire disparaître — les dissoudre — pour unir les peuples semble alors un moyen efficace de concourir à la sauvegarde de la nature, et donc de l’humanité.
Mais d’abord, qu’est-ce-qu’une nation ? Une communauté d’individus divers, qui se rassemblent autour d’un système de pensées, de valeurs et de traditions que l’on appelle la culture. La culture, c’est cette force unificatrice, qui empêche la disparition des États. Vive la nature, et à bas la culture ? À bas la langue française ? Le 14 juillet ? Dissolution laisse en suspens ces questions essentielles ; il nous appartient ensuite de nous en saisir.
Lubin Turbant, M1 AID.

Quelques mots de l’auteur…
Quand j’ai commencé à écrire Dissolution, je souhaitais évoquer cet ineffable sentiment social de perte de repère commun, de distanciation entre les personnes, que l’on nomme parfois la crise du lien social. Cette distanciation, cet individualisme, je l’ai observé de manière accrue lors de ma vie aux États-Unis, mais également à travers les débats de l’Assemblée nationale française. À l’époque de Netflix et des réseaux sociaux, je souhaitais également un texte captivant, littéraire et interrogatif, mais qui attire et rappelle à la lecture. D’où le choix d’une fiction, d’un meurtre, de complots politiques et d’émeutes… Sur fond de dystopie écologique.
C. V .