La chasse à l’Homme

Photo - la chasse à l'HommePatrick Juvet était parti à la recherche des femmes (ndlr : Où sont les femmes ? Tube disco de l’année 1977), Yue Minjun part quant à lui à la conquête de l’Homme. La fondation Cartier présente actuellement l’œuvre du peintre chinois dans le cadre de l’exposition intitulée : L’ombre d’un fou rire. Il faut dire que l’on y côtoie davantage l’ombre de l’absence humaine que le rire. L’artiste ne fait que du figuratif : l’homme est là, bien réel, presque palpable à portée de mains, et pourtant il interpelle par son absence. Sans aucun signe distinctif, les hommes multiplient leur apparition dans les cadres de Minjun, qui est un véritable mousquetaire moderne. A bout de pinceau, il défie en duel chaque parcelle d’humanité pour n’en laisser que l’enveloppe charnelle.

Où est donc passé l’Homme, le vrai, cet « animal social » aristotélicien dont la recherche du Beau et du Vrai est censée guider son âme ? Dans les sociétés actuelles, l’Homme nage dans le dédain et l’ignorance de soi. Sans l’ombre d’un sous-entendu freudien, l’Homme porte en permanence un masque  vis-à-vis des autres, et finit par en oublier sa véritable essence. Une guerre d’une nouvelle sorte est apparue au sein des sociétés humaines, une guerre des hommes qui ne s’effectue plus baïonnette au poing mais s’exprime dans la violence des mots et le paraître. Il est tellement plus simple de jouer un rôle et de se prendre à son propre jeu, de répéter son texte que de tisser au quotidien la prose de sa vie. Quelle place laisse-t-on encore à l’âme humaine -ce domaine de l’intime - dans des sociétés surexposées et médiatisées ?

Chez Minjun, l’Homme devient une bête de foire exposée au regard de ses autres congénères. Le sourire y frise la torture, et pourtant, dans cet abime du désespoir, il y a une foi inébranlable en la grandeur humaine. Car ce qui est également représenté dans cette exposition, c’est le vide du monde sans l’Homme. Le monde n’a de sens que s’il est habité, animé d’une intelligence et d’une sensibilité, animé d’une pensée structurante et structurée. Le monde a besoin de la diversité humaine et non pas d’une armée de fantassins masqués à la dérive.

Le monde a besoin de l’Homme, et l’Homme a besoin de réapprendre les vertus de la méditation et de la contemplation. Avant de s’intéresser à la protection de l’environnement, efforçons-nous de protéger la nature Humaine. Si vous n’êtes pas encore convaincu de cette nécessité, allez voir de près combien l’ombre d’un fou rire est déroutante.

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*