Ces jeunes qui ravivent la flamme rouge

«Rouge comme la pomme qui te donne le parfum du pêché - Rouge comme le feu du volcan qui va se réveiller…» Michel Sardou aurait bien pu ici fredonner le communisme; cette pensée aux relents utopistes, qui ne peut être qu’alléchante de par son ardente velléité égalitariste, marxiste, anticapitaliste, féministe; mais aussi capable à tout moment de dérives comme à l’époque stalinienne. Dans les faits, l’extrême gauche n’a été que brièvement au pouvoir en France, dans le cadre du tripartisme de l’après Seconde Guerre Mondiale. Le PCF connaissait alors un soutien électoral important. Depuis, les regains d’intérêt pour ses convictions semblent se cantonner aux périodes de mauvaises conjonctures. « Aujourd’hui, il n’y a plus de communistes en France », déclarait François Hollande au Guardian. La chose, l’idéologie est devenue tellement caricaturée et improbable que des jeunes militants, partout en France et face à cette tendance au libéralisme économique, tentent de formaliser effectivement cette utopie communiste. Rencontre avec l’un d’entre eux, Amaury, 19 ans, militant aux Jeunesses Communistes.

 

Comment avez-vous été amené à rejoindre les Jeunesses Communistes?

J’ai rejoint les Jeunesses Communistes pendant mon année de 3e  et mon engagement s’est accru depuis. Je tiens à préciser que je ne parlerai pas ici en tant que membre des Jeunesses Communistes mais en tant que communiste tout court. Ma perception de ce qu’est le communisme est avant tout personnelle et peut différer de celle de mes camarades.

Ce choix n’est-il pas davantage une utopie iconoclastique juvénile?

Il n’y a rien de juvénile à défendre un idéal, les véritables progrès n’ont jamais été réalisés par les réalistes.

Mais, en murissant, n’êtes-vous pas plus mesuré dans vos convictions?

Au contraire, être mesuré, c’est prendre la pleine mesure de ce qui se passe actuellement : une crise du capitalisme aggravée par les mesures néolibérales. On voit tous les jours les problèmes que le capitalisme rencontre et il est à présent évident qu’un autre système doit être mis en place. Ceux qui pensent que l’on pourra résoudre cela en mettant en concurrence les peuples, en détruisant les droits sociaux au nom d’une compétitivité-prix qui ne conduit qu’à plus de pauvreté, sont ceux qui s’enfoncent dans une idéologie néfaste

Concrètement, quelles actions sont menées par votre Mouvement?

Ce sont les actions de base du militantisme : édition de journaux, distribution de tracts, participation à des manifestations. En ce moment, la question de la VI ème République nous permet d’avoir de nombreux débats auxquels tout le monde est invité à participer. La cause palestinienne se trouve actuellement au cœur de bon nombre de débats au sein de notre mouvement, car il ne s’agit pas uniquement de brandir de grands principes mais plutôt d’être attentif aux enjeux et aux problèmes du monde actuel pour tenter d’y apporter des réponses.

Etre communiste en 2014, qu’est-ce que cela représente?

Être communiste en 2014, c’est avant tout porter un idéal : celui d’une rupture avec la logique capitaliste, de son dépassement. C’est opposer l’idée que l’homme est le fruit de rapports de domination à l’idée qu’il est par essence inévitablement égoïste. C’est vouloir s’affranchir des rapports marchands au sein de notre société.

Au-delà d’un idéal, c’est apporter des solutions concrètes aux crises cycliques du capitalisme et à la crise du néolibéralisme entamée depuis les années 80. Pour nous, le seul rempart, c’est l’Etat-Providence : l’Etat doit réguler le marché qui a montré empiriquement sa défaillance. Aussi, l’Etat doit cesser de se désengager dans les domaines comme l’éducation où son rôle est essentiel.

Néanmoins, au-delà de l’aspect socio-économique, être communiste c’est défendre un projet en faveur des droits des hommes. Sociétalement, c’est défendre par exemple le Mariage pour Tous. A une échelle internationale, c’est défendre par exemple le peuple palestinien contre la colonisation qu’il subit.

Enfin, être communiste c’est revendiquer un héritage. Celui-ci n’a rien à voir avec les crimes commis en son nom à l’époque stalinienne ou dans d’autres régimes de ce type. Il se réfère plutôt à toutes les luttes sociales engagées par les communistes le long du XX ème siècle : pour les travailleurs, dans la résistance, contre la colonisation comme à Charonne en 1962, pour les droits des hommes en général.

«Fermez-la, madame Merkel! La France est libre!». Avec de tels propos, ne pensez-vous pas que Mélenchon caricature et décrédibilise la figure du communiste ?

Précisons d’abord que ces propos (un « tweet » datant du 7 décembre 2014, ndlr) ont été tenus dans le cadre des réseaux sociaux, où l’expression marquante et parfois exagérée, voulue ou non, est inévitable. Mais au-delà de phrases prononcées par untel ou untel, je veux croire que le communisme saura dans son essence convaincre le plus grand nombre. Sa dynamique importante entreprise depuis les Européennes de 2009 en est une preuve, même si elle n’est pas achevée et n’est, certes, pas encore suffisante.

« Prenons garde tout d’abord à l’appellation « extrême-gauche » qui ne sert qu’à décrédibiliser les mouvements politiques que l’on catégorise dedans »

L’extrême gauche représente-t-elle, selon vous, et notamment depuis le résultat positif de Mélenchon aux dernières présidentielles, une réelle alternative au binôme routinier UMP-PS?

Prenons garde tout d’abord à l’appellation « extrême-gauche » qui ne sert qu’à décrédibiliser les mouvements politiques que l’on catégorise dedans. Le Front de Gauche que je défends n’est pas une coalition d’extrême-gauche.

C’est bel et bien une alternative au duo coutumier UMP-PS qui montre son incapacité à offrir un véritable choix politique aux Français. Au-delà d’un système partisan, leurs différentes crises ont montré l’échec du dogme libéral et de l’idée qu’il n’y a aucune marge de manœuvre en politique économique actuellement. C’est seulement parce que le Front de Gauche propose une politique différente, contre l’austérité connue en Europe actuellement, que c’est une réelle alternative. Mais au-delà d’une alternative sur le plan national, la dynamique du FdG (Front de Gauche, ndlr) correspond à une dynamique continentale et profonde : celle de Syriza en Grèce, de Die Linke en Allemagne qui vient d’obtenir la gouvernance du Land de Thuringe…

La dynamique que vous évoquez et, plus largement, la pensée d’extrême-gauche ne souffre-t-elle pas finalement de l’allusion rédhibitoire à l’époque stalinienne?

Il est vrai que le communisme souffre de cette allusion. Celle-ci est due inévitablement aux travaux d’historiens qui ont tenté de l’essentialiser au crime. Néanmoins, plus personne chez les communistes que je côtoie ne se réfère à l’époque stalinienne, au contraire ! Plus largement, il s’agit pour nous de combattre l’hégémonie culturelle  actuelle –pour parler en termes gramsciens- et montrer que l’histoire communiste, c’est celle de luttes pour les droits des Hommes.

Pensez-vous qu’il faille, pour l’avenir, moderniser, «dé-diaboliser» le modus operandi et les fondements des partis d’extrême-gauche afin que le vote pour ce bord politique soit plus qu’un vote de sanction?

L’idée qu’il y a un modus-operandi archaïque au sein des partis que je défends, soit ceux qui sont liés au Front de Gauche, est complètement erronée. Au contraire, cette coalition est sûrement celle qui essaie de se moderniser le plus parce qu’elle a compris que c’était dans son intérêt. Preuves en sont les différents débats qui ont lieu actuellement sur la VIe République. Si vous n’êtes pas convaincus par ces propos, je vous invite à vous rendre à une de ces initiatives locales et à en juger par vous-même.

Les perspectives tracées par le FdG notamment, n’ont plus besoin d’être changées ; elles sont adaptées au monde qui nous entoure et apportent des réponses concrètes aux problèmes que la France et l’Europe rencontre. Il ne s’agit pas de porter un discours hypocrite pour remporter des voix mais seulement de montrer que c’est le parti qui offre à l’heure d’aujourd’hui la seule alternative concrète sur l’échiquier politique.

 

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