SYRIE : LA CYBER-RESISTANCE

Il y a un peu plus d’un an, Raqqa est passée sous le contrôle du groupe armé Daech. La ville syrienne est aujourd’hui la capitale de l’Etat Islamique. A l’heure où les djihadistes font régner la terreur, un groupe de jeunes syriens continue de résister dans l’ombre.

Ils étaient dix-sept au départ, douze vivent encore à Raqqa, quatre ont fui la Syrie, et l’un d’entre eux s’est fait attraper : il a été exécuté. Agés de 20 à 30 ans, ils étaient étudiants jusqu’à ce que l’Etat Islamique impose la fermeture des universités. En témoignant des crimes de Daech, ils risquent leur vie au quotidien. Sur la toile, les jeunes activistes utilisent des pseudonymes et alimentent leur page Facebook « Raqqa est massacrée en silence » qui compte plus de 30 000 abonnés. Armés d’un téléphone portable, ils ne sortent de chez eux que pour photographier et filmer les exécutions de rebelles qui ont lieu en pleine rue, aux yeux de tous. Pendant ce temps, réfugiés à Gaziantep en Turquie, d’autres militants ont organisé une véritable agence de presse clandestine pour traiter les informations envoyées par Internet et les diffuser sur les réseaux sociaux.

Ces reporters amateurs s’exposent et risquent la décapitation. Quand ils sortent filmer, ils sont toujours accompagnés pour surveiller la rue, ça ne dure pas plus de deux ou trois minutes. Depuis que les djihadistes fouillent les portables, les résistants prennent le soin d’effacer tous les clichés stockés. Ils veillent également à rendre anonymes toutes leurs connections internet pour tromper les hackers djihadistes qui scrutent le web. Le risque est même devenu trop grand pour certains qui ont dû fuir Raqqa pour se réfugier à Gaziantep. La population aussi a déserté : depuis que l’Etat Islamique a pris le contrôle, Raqqa est devenue une ville fantôme. Les règles instaurées ont poussé les habitants à quitter la ville : interdiction de fumer sous peine de se faire couper les doigts, condamnation à mort pour ceux qui oseraient boire de l’alcool ; les commerçants ferment leur boutique 5 fois par jour, aux heures de la prière. Quant aux femmes, elles doivent porter la burqa et être accompagnées pour se déplacer ; un groupe de femmes armées se charge de veiller au respect de la charia, appliquée de manière extrême.

art Lisa EI (1)

L’enjeu de cette nouvelle résistance ? Révéler en direct la sauvagerie des membres de l’Etat Islamique au monde entier et interpeller l’opinion publique internationale ; grâce à leur courage, on découvre chaque jour en image la barbarie de Daech. Les militants cherchent aussi à mettre en lumière l’hypocrisie des combattants islamiques qui prônent le respect des valeurs morales. Ils publient par exemple des clichés des djihadistes en train de s’empiffrer, alors que la plupart des habitants ont recours à la soupe populaire pour survivre, ou dénoncent des laisser-passer accordés aux islamistes pour éviter les queues interminables devant les commerces.

Mais ces témoignages instantanés sur la toile, aussi poignants soient-ils, ne suffiront pas à stopper ces atrocités. Et ces jeunes syriens ne sont guère confiants en l’avenir, car même si la coalition menée par les Etats Unis pilonne depuis plusieurs mois les raffineries de pétrole pour affaiblir les djihadistes, ils craignent que ces frappes ne permettent le retour en force du dictateur Bachar El-Assad.

 

4 Commentaires

  1. Bonjour,

    Je me pose une question, n’y aurait il pas moins de mort avec le retour de Bachar El-Assad ? Oui il a mené une dictature, mais à l’époque de sa dictature, les communautés Chrétiennes et Musulmanes syrienne vivaient ensemble (certes il y avait des tortures), et il y avait moins de mort qu’aujourd’hui, pas d’extermination de la population chrétienne syrienne, elle était justement protégée par le regime Bachard contre les djihadistes.

    Est il plus «juste» de tuer 10 personnes pour en sauver 100 ou en tuer 100 pour en sauver 10 ?

    PS: Bravo à ces jeunes Syriens qui dénoncent l’horreur des djihadistes.

  2. Bonjour Dan,
    C’est vrai, vous avez raison: le bien commun est tellement meilleur lorsqu’un saint dictateur se charge de l’assurer.

    PS: la prochaine fois que vous recherchez des points Godwin, mettez un diclaimer au moins.

  3. Bonjour Dan,
    Un rapprochement avec Damas n’est pas la solution. On ne peut pas fermer les yeux sur les atrocités commises par Bachar El Assad, qui a utilisé des armes chimiques contre son propre peuple.

  4. Oui, le retour de Bachar n’est pas la solution, je remarque juste qu’il y avait moins de mort lorsqu’il était au pouvoir.
    Et oui un dictateur n’est pas la meilleure solution, mais la terreur de daesh ne l’est pas non plus.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*