Le Palais Galliera couronne Alaia!

« Avoir du style, c’est résister ». Cet aphorisme d’Olivier Saillard, historien érudit et nouveau conservateur d’une des plus belles collections de pièces de mode,  pourrait devenir le leitmotiv du Musée de la Mode, qui a rouvert ses portes le 28 septembre. Le Palais Galliera retrouve ses lettres de noblesse et vient couronner le dytique musée d’art moderne/Palais de Tokyo dans une ode aux arts appliqués et décoratifs. Le nouveau triangle d’or de la création est décidément dans le 16e parisien.

    Le Palais Galliera résiste bien à la tentation des expositions fleuves - dont on a vu les dégâts avec Dynamo – en faisant le choix d’une exposition en 3 salles de  taille humaine. Le Palais Galliera résiste à la tentation du « show off » et de la provocation contemporanéiste en présentant un des couturiers le plus intemporel, minutieux et réfléchi de la discipline. Le Palais Galliera résiste enfin au politiquement correcte scénographique et affirme une identité baroque tout de lumière tamisée et de draperies de velours.

Si l’on peut regretter que le Palais ne présente que des expositions temporaires et ne parvienne pas à trouver le moyen de mettre en accès au public une collection permanente apparement trop fragile ; il n’en demeure pas moins que l’exposition d’inauguration, la rétrospective « Azzedine Alaïa » ,  soit une réussite.

Le couturier – « Parce qu’on ne s’habille pas d’un dessin » dit-il-  est un vrai « sculpteur du vêtement », maître de sa formation initiale (en sculpture) et de son œil avisé et amoureux sur la femme.  Azzedine Alaïa est un virtuose de la coupe et de l’assemblage. Il sculpte le corps de la femme, structure ses atours, sublime son aura. La femme est un bijou dans l’écrin de la robe. Les coupes de Alaïa sont délibérément près du corps, il y a fusion entre la femme et la robe pour faire œuvre. A l’instar de l’œuvre qui n’a de vie que d’être vue, le vêtement n’existe que porté.

Le couturier est artiste au sens où il prend un parti intemporel, une direction de travail de la matière et de la question de l’habillement et n’en démord pas. Il creuse la question de la mode plutôt que de jouer le jeu de l’éphémère, du futile et du superficiel en permanent  ressassement. Non, Alaïa est habité par la question du corps féminin, sexuée, courbé, rêvé, qu’il drape et enlace du tissu ; loin du mannequin porte-manteau qui hante les podiums. Chaque pièce est un équilibre trouvé entre la taille marquée et la fluidité.

Comme  tout artiste Azzedine Alaïa a ses obsessions, ses motifs récurrents : le drapé,  référence à l’Egypte antique et la Grande Cléopâtre, la dentelle et la piqûre de l’intransigeante Marie-Antoinette, la capuche et le zip de labelle Arletti : Alaïa aime le costume. Car la femme est un personnage, une muse dont les caprices et l’exubérance sont érigés en valeurs suprêmes, légitimes de sa naturelle supériorité que lui offre la Beauté. La métaphore de l’équilibre entre austérité et fantaisie se file au cours de toute l’exposition. La coupe est toujours parfaite.

Michel Tournier dit du créateur qu’il permet à la femme « d’être tenue tout en demeurant libre. ». Il semblerait bien alors qu’Alaia réponde à l’exigence du Maître parmi les maîtres de la mode, Yves Saint Laurent affirmant : « qu’il n’y a rien de plus beau pour habiller une femme,  que les bras de l’homme qu’elle aime.  Pour toutes les autres, je suis là. »

Céline POIZAT, M2 Marché de l’Art, Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*