Julio Le Parc au Palais de Tokyo

A l’heure où l’on ne cesse de dénoncer le désengagement des politiciens et les illusions de reprise économique, le Palais de Tokyo fait une rétrospective intelligente et très bien composée de l’artiste engagé de l’art cinétique Julio Le Parc. Engagé l’artiste l’a été politiquement c’est une certitude, mais c’est l’engagement dans son œuvre et l’engagement du spectateur dans l’œuvre qu’il n’a eu surtout de cesse de rechercher. Julio le Parc est un artiste argentin qui a connu mais n’a jamais reculé devant la dictature et les  limites de l’exposition contemporaine (il refusera une rétrospective au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris sur un pile ou face cavalier) et prônera toujours la recherche de nouvelles orientations pour la création, dans l’expérience du trouble  visuel et de l’engagement physique, et hors du conditionnement  idéologique.

julio le parc

L’art cinétique trouve son apogée dans les années 1960-1970 en accord avec cette nouvelle conception de l’art comme une « expérience à vivre ». Ce type d’art repose sur des expériences créatives avec la couleur, la lumière, la vue et les sensations du spectateur. Les artistes convaincus des potentiels de l’art cinétique tels Julio Le Parc créent alors le GRAV (Groupe de Recherche d’Art Visuel). Oulipo de l’art visuel le GRAV réintègre le jeu dans la création artistique via la contrainte. L’idée est de créer un système de création répété qui annulerait la subjectivité de l’artiste pour ne privilégier que la force de l’œuvre et l’expérience de sa présence.

julio 2La rétrospective Julio le Parc au Palais de Tokyo suit la recherche artistique chronologique de l’artiste. Plongé dans une pénombre lumineuse le spectateur est invité à un voyage au cœur du mouvement puis de la lumière. On se laisse d’abord hypnotiser par les tôles qui ondulent et serpentent sur des toiles bicolores, puis on s’évade avec ses expériences sur la lumière. Julio Le Parc nous plonge aux origines de la vie et en appelle au chant originel. Ses créations lumineuses sont des invocations aux Temps cycliques passés mais encore enfouis dans la mémoire de la création. Se succèdent alors  mobiles et  mécanismes répétitifs qui nous enveloppent dans ce qui pourrait bien être la rumeur du monde. Julio Le Parc parvient à réconcilier le conceptuel et l’instinctif par le truchement de la sensation visuelle et l’immersion totale. L’hyperactivité de type chromosomique apparente des mouvements et de la lumière dans les œuvres n’est que le pendant d’une lente enveloppe sensorielle qui se crée autour du spectateur. Cette intelligence de la création est doublée d’une intelligence de la scénographie de Daria de Beauvais qui rappelle en permanence au spectateur sa présence dans l’exposition, grâce aux nombreux miroirs qui jalonnent l’exposition.  Fort d’une expérience sensorielle parfois onirique le spectateur demeure toutefois toujours réintégré  dans  l’œuvre et dans l’expérience concrète qu’il en fait. Difficile dès lors de critiquer dans cette exposition l’abstraction et le rapport idéel à la création que peuvent avoir parfois les œuvres conceptuelles et/ou cinétiques. Si on finit par oublier le lieu au profit des œuvres, on n’oublie pas que l’on y est.

Les Modulations et Séries de l’artiste sur la couleur sont certes moins convaincantes mais participent toutefois d’une recherche artistique complète et jamais en passe de sombrer dans l’engagement politique explicite et stérile. Elles ont aussi le mérite de donner un éclairage sur le travail de l’artiste comme artisan en dévoilant leurs études préparatoires et les nombreux croquis de recherche sur la couleur ; et de rappeler l’évidente influence de Julio Le Parc sur les artistes contemporains stars de ces dernières années, à commencer par Damien Hirst et ses « spot paiting ».

Julio Le Parc est un artiste majeur de la scène internationale à ne pas louper cette année au Palais de Tokyo (jusqu’au 19mai) et à l’exposition Dynamo au Grand Palais ; Ne serait-ce que pour se rappeler ce que signifie l’engagement et l’expérience de « l’être » vivant au monde, à l’heure où dans la désillusion et les déception, on douterait presque que la terre soit ronde…

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