«La bohème n’a rien et vit de ce qu’elle a» — Balzac

exposition_bohemes_grand_palaisVenez flâner, en musique, jusqu’au 14 janvier à travers les allées du Grand Palais autour du thème «Bohèmes», un mot ancré dans notre imaginaire tant il nous rappelle la nostalgie de cette «vie vagabonde faite d’aventures et d’imprévus». L’intitulé de l’exposition est, vous l’aurez remarqué, au pluriel, car celle-ci met en lumière la pluralité des sens que l’on attache à ce mythe, malheureusement trop souvent lié au Montmartre du XIXème et les vers esseulés de ses poètes affamés. La scénographie est pertinente en ce qu’elle nous apparaît  comme une initiation au voyage, à travers ces longues allées qui nous évoquent les routes interminables empruntées par ces individus pittoresques que sont les BohémiensCe peuple empreint de mystère quant à son origine, sa langue inconnue ou son rapport intime à la nature fascine les artistes depuis très longtemps.

«Certains racontent qu’ils errent pour ne pas avoir protégé l’enfant Jésus du temps de la colère du roi Hérode», d’autres qu’ils viendraient de la «petite Egypte». Cette exposition n’est que le témoignage du merveilleux qui entourait ce peuple pour captiver ces artistes dès le XVIIIème siècle en quête d’un nouvel itinéraire créatif. Esmeralda et ses yeux d’émeraude, la diseuse de bonne aventure , ces forts à la peau tannée et au souliers usés passionnent autant les peintres et les poètes que le peuple français. Une anecdote nous mentionne que Louis XIV dansait en costume de bohémiens. Le monde et son regard ont bien changé. Et ceci dès le mouvement des Lumières qui fit du combat contre l’obscurantisme le fer de lance de sa pensée si bien que Diderot n’hésitait point à clamer que » leurs seuls talents est de danser et voler». Le monde d’aujourd’hui brille toujours, si bien éclairé -peu être trop- qu’il associe communément ces «gens du voyage» à une criminalité culturelle en oubliant qu’ils étaient avant tout ces «maîtres en liberté» que nous narrait Rimbaud.

Montez les escaliers et profitez de ces caravanes pour vous arrêter lire Bohémiens en voyage de Baudelaire ou regarder ces portraits d’artistes, de Courbet à Lenoir, seuls et désargentés dans leur atelier. Cette deuxième salle met en scène la»vie de bohème» menée sans ordre ni raison par des artistes rebelles et incompris en quête d’art et de gloire. Voyez Cézanne, Van Gogh et Picasso brandissant le pinceau pour clamer leur opposition à l’ordre établi de la société bourgeoise; miséreux, poussiéreux. Bohèmes. Enfin, venez vous asseoir au bar et sentez l’odeur du bois qui nous rappelle les bistrots de Montmartre, capitale de bohème, où ces artistes ivres d’alcool et de ballades satiennes, récitaient des vers en oubliant l’hiver.

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