Le RC Toulon est-il intouchable ?

Huit matches, sept victoires. Le RC Toulon survole le début de saison du Top 14. Grâce à un recrutement galactique mais parfaitement ciblé et à l’apport de Bernard Laporte, le club varois fait figure de grand favori pour le Bouclier de Brennus. Seuls Toulouse et Clermont semblent en mesure d’enrayer la machine toulonnaise. Et encore…

Source : m-smorto

En février prochain, le rugby français va voir débarquer un nouveau monstre dans son championnat. 63 sélections chez les Springboks , une polyvalence impressionnante (il peut jouer presque à tous les postes des avants), un physique impressionnant (1m97, 118kg) et une réputation qui n’est plus à faire. Le troisième ligne Danie Rossouw est un monument du rugby mondial. Un monument convaincu par le projet du RC Toulon, grâce notamment à son meilleur ami Bakkies Botha, symbole d’un recrutement cinq étoiles commencé dès l’arrivée de Mourad Boudjellal en 2006. Depuis six ans, l’équipe n’a cessé de se renforcer et fait aujourd’hui figure d’épouvantail. « Avec «seulement» le quatrième budget du Top 14 (*pour la saison 2012-2013 le budget du RCT est de 21,8 M€, loin derrière les 34,9 M€ du Stade Toulousain, ndlr), Boudjellal arrive à faire signer à Toulon les plus grands joueurs de la planète » nous explique Laurent Delmas, rédacteur de «Rugby à XV de France».

Ligne par ligne, Toulon impressionne. La première(Sheridan-Bruno-Hayman) concasse ses adversaires en mêlée mais est également très mobile. La deuxième (Botha-Shaw) n’a pas d’égal en France, et la troisième (Van Niekerk-Masoe-S.Armitage) est à la fois puissante et rapide. Le constat est le même concernant les lignes arrières avec plusieurs possibilités en charnière (Tillous-Borde – Wilkinson et Michalak capable d’évoluer au deux postes), une paire de centres magique (Giteau-Mermoz) et des feux follets derrière (Palisson, Smith, Wulf, Lapeyre, D.Armitage). Des stars en pagaille qui n’empêchent pas Bernard Laporte d’intégrer des joueurs formés au club comme Gunther, Orioli, Ivaldi, Martin, Fresia, Chiocci et Bruni. Car l’ancien entraîneur du Stade Français le sait, un centre de formation fort est indispensable pour durer au plus haut niveau. C’est dans cette optique qu’il a mis en place, avec le responsable du centre de formation Laurent Emmanuelli, des ateliers hebdomadaires encadrés par les pros pour les meilleurs jeunes du club. Quoi de mieux qu’un entraînement avec Sir Jonny pour progresser au pied ?

Une défense de fer, une attaque en pleine révolution

La saison dernière, Toulon avait manqué de peu le titre de champion de France, la faute à une mêlée écrasée par son homologue toulousaine en finale du Top 14 (12-18). Mais cette année, le RCT ne risque plus de perdre de matches à cause de son pack. « Leur paquet d’avants est une machine à broyer, ils ont gagné de la puissance par rapport à l’année dernière » explique Vincent Moscato, spécialiste des gros, sur RMC. Ce pack leur permet d’obtenir de nombreuses pénalités que se charge de transformer Wilkinson, parfois relayé par Michalak et Giteau. Malgré un recrutement impressionnant, la base de l’équipe n’a pas changé et les automatismes sont déjà présents. Comme l’an passé, les Toulonnais s’appuient sur une défense infranchissable qui est la marque de fabrique du système Laporte dont les maîtres mots sont rigueur et discipline. « Le rugby de Bernard Laporte, c’est offrir un minimum de points à l’adversaire, et toujours avancer, centimètre par centimètre s’il le faut, confirme Delmas. Avec lui, Toulon est plus rigoureux en défense et impose un défi physique permanent à ses adversaires. »

Source : jordi.mont

Mise en place lors de l’arrivée de l’ancien sélectionneur du XV de France, cette défense n’a jamais été aussi hermétique qu’aujourd’hui. La clé de sa réussite ? L’engagement, l’agressivité et la technique du plaquage-grattage, la spécialité de Steffon Armitage. Grâce à elle, Toulon récupère de nombreux ballons dans les rucks. Mais contrairement à l’an passé où ils se limitaient à un jeu très British d’occupation du terrain, sans prise de risque, les Varois n’hésitent désormais plus à relancer tous les ballons. « On entend même souvent Mignoni hurler «on la joue, on la joue» du bord du terrain » nous confie d’ailleurs un supporter toulonnais. Des ballons de relance qui se transforment régulièrement en ballons d’essais. Il s’agit là d’une des nouvelles forces des locataires du Stade Mayol : une fois qu’ils franchissent le premier rideau défensif, ils vont quasi-systématiquement derrière l’en-but adverse. Grâce aux qualités de création du duo Giteau-Mermoz, Toulon fait partie des seules équipes capables de marquer en première main.

Toulouse, seul obstacle au Brennus ?

Mais alors, le RC Toulon est-il imbattable ? La réponse est non. Déjà parce qu’il persiste certaines imperfections dans son jeu. Malgré des progrès évidents, sa conquête en touche reste hésitante et irrégulière, tandis que la réception du jeu au pied, qu’il s’agisse de chandelles, de renvois ou de coups de pieds par-dessus, manque souvent d’assurance. Enfin, le poste de talonneur semble un peu léger pour tenir toute la saison. Bruno est vieillissant et les jeunes Ivaldi et Orioli manquent encore de caisse. Autre point à souligner, la volonté du club et de ses dirigeants de jouer à fond la Coupe d’Europe. « Au RCT, on veut gagner la H Cup, confiait Boudjellal dans La Provence il y a quelques jours. On y prend part dans ce sens, en tout cas, et on va faire le maximum pour y parvenir. Une chose est certaine : on ne galvaudera aucune compétition cette saison. » Une ambition qui pourrait coûter cher aux hommes de Bernard Laporte qui ne seraient pas les premiers à viser le doublé coupe-championnat et à finalement terminer fanny. Leur profondeur de banc (Jenkins, Kubriashvili, Kennedy, Suta, Fernandez Lobbe, Gunther, Michalak, Bastareaud, Messina…) sera un atout indispensable dans leur quête de titres.

Mais si Toulon n’est pas intouchable, c’est surtout parce qu’il doit faire face à deux adversaires de taille : Clermont et Toulouse. « Les matchs éliminatoires sont particuliers, les petits détails et l’expérience sont plus importants, voire décisifs. L’ASM et le Stade Toulousain sont bien plus habitués à gérer et à maîtriser ce genre d’événement » juge Delmas qui voit bien Clermont soulever le Bouclier de Brennus. « Le Stade Toulousain reste sur deux victoires face au RCT dont une en finale du championnat. C’est un avantage psychologique qui compte, poursuit Moscato. Le paquet d’avants de Guy Novès est le seul à pouvoir rivaliser avec celui des hommes de la Rade et un joueur comme McAlister peut faire de grosses différences dans le jeu. » Même problème en H Cup avec la présence de plusieurs gros calibres dont le Leinster, double champion d’Europe en titre. Favori, le RCT n’est donc pas à l’abri de vivre une saison blanche. Car, et il ne faut pas l’oublier, il est encore en phase d’apprentissage.

Quentin Moynet

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