«My auctioneer is rich» : marché de l’art ou art du marché ? art 3

Le marché de l’art par le prisme de l’ingénierie économique et financière… Ou comment décrypter les logiques à l’œuvre dans le niveau des prix des œuvres d’art aujourd’hui ?

L’ingénierie financière se penche de plus en plus sur ce fameux marché de l’art. Rappelons ce qu’est un modèle économétrique et en quoi il peut nous être utile à l’analyse de la fixation des prix sur le marché de l’art. D’après la définition du département d’économétrie de la société Artprice : « Le modèle économétrique consiste en une représentation formalisée d’un phénomène sous

forme qu’équations dont les variables sont des grandeurs économiques » Ainsi l’intérêt d’un modèle est de représenter les grands traits d’une réalité qu’il cherche à styliser. De plus « Le modèle économétrique est une représentation schématique et partielle d’une réalité naturellement plus complexe ». Les représentations intéressantes pour atteindre les objectifs fixés dépendent de la nature du marché, du type de décision ou d’étude à effectuer.  Ainsi, pour être validés, les modèles mis en œuvre font référence à des théories. Les techniques quant à elles divergent. Impossible d’appliquer une seule et mêm

e méthodologie pour le marché mondial dans sa globalité, des segments de ce marché ou pour des œuvres d’art ! Selon Artprice, la méthode la plus adaptée dans le cadre de la cotation des artistes est celle dite des prix hédonistiques qui s’applique aux marchés des bien hétérogènes comme le logement, le vin, l’art…Pour tous ces biens le prix est principalement déterminé par la qualité. Les hypothèses sous jacentes sont :

Evolution des prix
Source : www.artprice.frles œuvres d’art sont hétérogènes. Il y a hétérogénéité au sein de ce que l’on appelle une « gamme », c’est à dire dans l’ensemble des œuvres d’un même auteur, mais aussi et surtout hétérogénéité des œuvres entre les artistes.

Le prix des œuvres dépend essentiellement de la qualité. Pour autant la qualité est quantifiable, grâce aux caractéristiques propres à l’œuvre (auteur, surface/volume, support, technique, date de création…) et aux caractéristiques liées à la vente (lieu de vente, date de vente…)

Ainsi, à l’instar de Armelle Malvoisin, grande plume du reconnu Journal des Arts/ L’œil, remarquons que les acteurs du marchés de l’art sont mieux conseillés, informés, et donc mieux armés pour fixer les prix dans les salles de ventes : « Les acteurs fortunés, indubitablement guidés par des conseillés avisés, n’ont pas sélectionné des œuvres seulement sur un nom, mais ont judicieusement basé leur choix sur les critères qui comptent, à savoir l’importance historique du tableau (…), sa fraicheur sur le marché, sa provenance éventuelle, son aspect décoratif (notamment le sujet) et son format. ». Le marché de l’art est donc un marché à haute valorisation, aujourd’hui très prisé, sur lequel la fixation des prix relève de mécanismes et de déterminants plus complexes que le simple nom de l’artiste, ou même que la simple confrontation d’une offre et d’une demande rationnelles.

Après un projet économétrique de niveau Licence en économie appliquée à Paris Dauphine (*)… voilà nos conclusions :

Source : www.artprice.fr

Tandis que la crise n’en fini plus, le marché de l’art bat son plein. Les prix des œuvres haut de  gamme ont atteint des records et les investisseurs ne manquent pas. Notre analyse nous conduit à conclure que les prix de vente de œuvres picturales haut de gamme en 2011 ne sont pas uniquement dus à l’estimation propre à l’œuvre d’art. En effet le fait d’être vendu à New York, ou chez Sotheby’s pour une œuvre est encore très significatif. Relisons la citation de Armelle Malvoisin pour souligner l’importance de caractéristiques telles que le nom, la signature, l’histoire, les différentes ventes etc. ; assurées par un achat de l’œuvre sur une place de vente « traditionnelle » telle que New York (qui demeure la première place mondiale de vente en volume de transactions) ou par une maison de renom comme Sotheby’s. Ainsi le marché de l’art ne semble pas tant que cela être dupe de la spéculation, les collectionneurs préférant miser sur des valeurs sûres, à la fois guidés par une  logique de sécurité, et par une logique de connaisseurs, fidèles à l’estimation érudites des œuvres, et aux lieux de vente historiquement et professionnellement reconnus. La dimension affective du placement en art pourrait ne pas avoir totalement disparu, préservant ainsi la valeur ajoutée du marché de l’art occidental : un traitement éclairée de la cotation et vente des œuvres d’art.

 

On peut toutefois reconnaître le défaut de représentation des artistes chinois dans notre modèle. En effet l’estimation des œuvres des artistes chinois est encore difficile à obtenir. Dès lors ils font aussi l’objet d’une plus grande spéculation. Les prix atteints par certains artistes chinois anciens ou contemporain, auparavant très peu côté, sont souvent astronomiquesfaramineux en 2011 ! Les logiques d’investissement dans ce type d’œuvres sont donc bien différentes et relèvent moins d’un investissement dans une œuvre haut de gamme que de la pure spéculation. Il s’agira de suivre la cotation de ces artistes en 2012 et 2013 pour confirmer cette intuition.

 

Céline POIZA T

 

(*) Projet d’économétrie menée en 2012 par Kenza Akallal et Céline Poizat dans le cadre de la licence économie appliquée de Paris Dauphine.

 

Si le marché paraît imperméable à la tourmente économique c’est d’une part qu’il a su tirer profit du chancellement des marchés financiers en se plaçant comme un investissement alternatif, et d’autre part qu’il est soutenu par les acheteurs des pays émergents qui se font depuis peu une place au soleil dans une économie mondiale en mutation. Toutefois, cette apparente imperturbabilité a des limites, en témoignent les récents antécédents cuisants du marché.

Léopoldine Metzger

 

1 Commentaire

  1. Il me semble difficile de parler de la fixation des prix des oeuvres d’art ou encore de la spéculation sur ce marché sans aborder la question du blanchiment d’argent.

    En effet, le marché de l’art a été identifié par le Trésor comme l’un des cinq secteurs sensibles de l’économie en termes de blanchiment et de financement du terrorisme et fait ainsi l’objet d’une surveillance par Tracfin, la cellule française de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme.

    Fausses ventes d’oeuvres d’art, sur-évaluation d’une oeuvre lors de la vente, vente d’oeuvres volées, vente de fausses oeuvres, les mécanismes sont multiples et sans cesse perfectionnés ce qui rend difficile leur identification. Une chose est sûre, ces opérations frauduleuses ont un effet non négligeable sur la cotation des oeuvres d’art et des artistes. L’Association for Research into Crimes against Art estime ainsi que ces activités frauduleuses rapporteraient près de 6 milliards de dollars par an aux organisations criminelles.

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