Vie étudiante ou l’hypertrophie du constat social de la crise

Vie étudiante ou l’hypertrophie du constat social de la crise

par Céline Poizat

 

Étudiant ? Jeune dynamique en formation continue, capital humain en devenir et premier élément d’investissement social pour l’avenir…

Voilà la définition idéalisée de l’étudiant dans la société française. Malheureusement le constat est bien plus sombre… On ne manque pas de pointer le taux de chômage chez les jeunes en Espagne notamment à comparer au reste de la population active (51,1% des jeunes espagnols sont au chômage contre quand même 24,1% pour l’ensemble de la population active.)… Mais on oublie ou passe trop souvent sous silence la situation des jeunes français…

Le constat est pourtant rude ! Près de la moitié des étudiants français vivent avec moins de 400 euros par mois ! Premier poste du budget à en pâtir ?  Les dépenses de santé !

Un comble pour un pays qui se targue d’avoir un système de sécurité sociale parmi les plus performant au monde ! Alors qu’ils étaient 28% en 2008 a admettre renoncer aux soins médicaux, les étudiants sont aujourd’hui plus de 34% ! Là où le bas blesse c’est lorsque l’on creuse le type de dépenses qui sont évitées. Auparavant les étudiants renonçaient aux soins coûteux, comme on pouvait s’y attendre, comme l’ophtalmologie, la cardiologie, les soins dentaires etc. Aujourd’hui se sont les dépenses courantes qui sont amputées. Fini le médecin généraliste : « je n’ai ni l’argent ni le temps » témoigne une étudiante dans Le Monde. À 25 ans, cette étudiante dit calculer toutes ses dépenses et hésiter à partir en thèse dans des conditions pareilles ! La pression par le budget devient une raison au renoncement à la recherche intellectuelle et à la poursuite d’études. Bientôt une France en excédent budgétaire grâce à la disparition de sa recherche et de ses étudiants pris à la gorge par un système qui s’effrite ?  Une solution bien médiocre non…

Concernant la santé, la raison première de cette situation est le recul croissant du régime de base, qui impose de plus en plus le recours à une mutuelle… Mais ce recours n’est pas automatique et surtout pas accessible pour toutes les bourses ! 20% des étudiants ne possèdent pas de mutuelle quand 6% du reste de la population est dans ce cas! Il y a donc bien une hypertrophie du constat de crise lorsque l’on touche à la situation des étudiants. Certains témoignages ne sont pas sans rappeler Germinal de Zola ou encore Illusions perdues de Balzac !

Alexandre, dans Le Monde, avoue ainsi « Si je dois avancer les frais de consultations et le coût des médicaments alors je ne peux pas manger pendant un ou deux jours (…) ».

Ce témoignage médiatisé peut être confirmé par une discussion attrapée à la sauvette dans le métro lyonnais cet hiver « Je suis crevé je ne mange rien en ce moment, j’ai perdu 3 kilos… mais trois rendez vous chez le dentiste pour ce truc qui m’arrache la dent moi ça me met dans le mal financièrement ! ». Le problème ? Le sous-équipement des médecins en terminaux pour carte vitale, ce qui impose aux étudiants d’avancer les frais, ou la lenteur des remboursements par les assurances étudiantes LMDE, et autres compagnies régionales loin d’être irréprochables…

« La santé des étudiants devra être l’un des grands chantiers du nouveau gouvernement » clame Emmanuel Zemmour, président de l’UNEF car les promesses fusent de toutes parts mais ne voient jamais le jour…

La jeunesse a bon dos pour parler de changement, de renouvellement et d’avenir en politique mais est vite oubliée lorsqu’il s’agit de prendre ses responsabilités…

Revue de presse à partir du Monde du 14 mai 2012.

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*