Et si on vivait autrement…

Et si on vivait autrement…

par Céline Poizat

 

À l’heure où le Monde abordait le week-end dernier la problématique des gens surdoués qui s’ignorent et passent leur vie à chercher ce qui cloche dans leur existence, et si on cherchait tous à s’ouvrir à cette « tendre indifférence du monde » pour ne citer que L’Étranger de Camus.

Étranger(s)… bien des intelligences se sentent perdues dans ce monde trop lent, trop distant de lui même voir trop évident. Certes, tout le monde n’est pas surdoué et tout le monde n’a pas besoin de questionner en permanence le « Sens » dans une extra lucidité hyperactive et associative pour vivre une vie « vraie » et agréable. Rimbaud lui même fût un surdoué en révolte contre ce qu’il considérait comme une fausse hypersensibilité au monde. L’intelligence de la formule qui a tout compris et n’a rien résolu le dormeur du Val l’avait depuis longtemps. Elle ne l’a précipité que vers le choix de la fuite et du sommeil enfin mérité. Un sommeil lourd sur l’expérience du comprendre pour faire le choix, non de la poésie, mais de la « vraie vie », qui ne serait pas ailleurs… L’hypocrisie demeure toutefois, quand on sait que la vie rimbaldienne se nourrit de cette capacité « innée »  à être au monde et ne permet pas à tout un chacun de faire ce choix fondamental…

Pour autant, après cette petite divagation, cette petite rêverie qui nous pousse parfois vers « la folie de se croire poète », comme on disait de Nerval, l’on pourrait se demander si un infime fragment, une ruine parcellaire de ce mode d’existence éclairé et ouvert au monde ne serait pas possible pour tous ?

Et si la « sur-intelligence » donnée à quelques uns ne pouvait pas toucher tout un chacun ? Voilà selon moi la véritable problématique politique de la culture.

Il ne s’agit pas de donner la culture à tous, mais d’ouvrir les esprits à un mode de pensée créatif et par là même j’en suis sûre… créateur ! Bourdieu n’était déjà que trop lucide quand il était persuadé que ce qui fait la différence entre les classes sociales se n’est pas la quantité de connaissance culturelle, mais bien l’attitude face à la culture et la capacité d’y être réceptif.  Remarquons, pour revenir à l’article du Monde, qu’en grande partie les gens surdoués, viennent des classes aisées.

Alors le constat est facile une fois le verbe littéraire intello centré énoncé… mais que faire ? On pourrait parler de cette ineptie de démocratisation de la culture pour mieux en démonter la thèse fondée sur le nivellement pas le bas ne fournissant aucune clef mais délivrant un « savoir » a priori nécessaire et très vite oublié… On pourrait multiplier les idées quant au renouvellement de l’approche scénographique, muséale et éducative de la culture… Mais plus simplement, je rêve seulement, qu’un jour chacun au quotidien se pose simplement, la question de son essence, de son existence … que chacun s’arrête quelques temps sur un mur blanc pour mieux voyager en soi même, pour créer des apophtegmes… A défaut que cela arrive tout de suite, et pour ne pas finir comme Guevarra (pour ne pas citer Zarathoustra) dans un idéalisme intransigeant et finalement  bien désabusé… on pourrait tout simplement vivre, parfois, autrement…

J’y viens donc, vivre autrement… vivre à contretemps ? Oui, et si il suffisait juste parfois de se balader dans ses heures ou l’on ne vit jamais pour ressentir pleinement l’existence. C’est à 5h du matin, quand l’euphorie enivrée de nos soirées retombe que l’on respire enfin l’air d’une vraie liberté. C’est au sommeil levant de 6h que la brise printanière nous enveloppe et nous emmène loin de la nuit à la lisière… du soleil. C’est dans l’éveil des sens puis de la conscience, qu’à 16h la faim nous rappelle d’être humain…

Épisodes « borderline » souvent éludés alors qu’ils font de nous (de nos modes de pensée) des surdoués. Éloge de la vie décalée, bancale, instable… un peu barrée, cet article veut seulement rappeler, que vivre n’est qu’une jeunesse préservée, un moment chaotique qui sait vivre de l’elliptique.

 

2 Commentaires

  1. Le début de l’article fait un peu l’amalgame entre «surdoué» et «cultivé». Ce sont pourtant deux choses bien différentes: surdoué suppose une capacité «intelligente» (logique, apprentissage…) supérieure à la moyenne et n’a pas vraiment de lien avec la culture (on trouve ainsi autant d’enfants surdoués dans les milieux non aisés que dans les milieux «riches»). On nait surdoué, on ne le devient pas (d’où des symptômes médicaux)
    La notion de culture est différente: on devient cultivé, on ne nait pas ainsi.

    (et au passage: «ce qui fait la différence entre les classes sociales Se (!? Hugo, voyons, relecture ! :)) n’est pas la quantité de connaissance culturelle»)

  2. Je ne partage pas ton avis quand à l’amalgame entre «surdoué» et «cultivé». Un surdoué n’est pas seulement quelqu’un doté d’une capacité d’apprentissage ou de logique supérieur à la moyenne. Justement, l’article paru dans Le Monde rappelait que les gens «surdoués» sont des gens dotés d’une logique particulière, d’une compréhension du monde associative, très rapide et surtout d’une hypersensibilité qui leur donne en permanence la sensation d’être en hyperactivité intellectuelle, créative, etc… Le lien avec la culture est selon moi inévitable au sens ou toute problématique de création tourne autour de la question du sens, de l’existence, du réel… Les «surdoués» sont en permanence dans cette problématique, ce qui bien souvent les font se penser «bizarre», «anormaux»… et paraissent en décalage aux yeux des autres. D’après moi la notion d’être cultivé devrait être élargie à cette capacité de faire lien entre les créations de tout type afin de comprendre ou au moins de poser des problématiques fondamentales pour une véritable existence au monde.

    Quand je traite des classes sociales ce n’est que pour reprendre un constat qui a effectivement été souligné par l’article du Monde. Il y a certainement autant d’enfant «surdoué» médicalement parlant dans les classes sociales plus populaires mais les classes aisées fournissent les moyens au surdoués de développer, d’éveiller un peu plus leur capacité, de l’enrichir de connaissances et de leur fournir les moyens de compréhension de leur propre capacité (par exemple en se reconnaissant dans le mode de réflexion de certains poètes, ayant le sentiment eux aussi d’être comme «hors du monde» social).

    Ainsi la problématique des gens surdoués n’est selon moi pas seulement médicale. De plus, si le stock de connaissances (en terme quantitatif) s’acquiert, (c’est indéniable) , le fait d’être un être cultivé au sens de disposé à la culture, à la création, à un mode d’existence éveillé est soit inné parce que surdoué, soit socialement inculqué (et se sera plus ou moins réussi ^^), soit recherché dans ces moments d’»éveil bancal» aux heures d’existence inhabituelles au monde… Ce que je prône à tous ceux qui ne planent pas au quotidien ^^

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